Friday, September 29, 2006













Saint-Siniora

Il aura fallu un voyage à Strasbourg et le hasard des "snapshots" pour que Fouad Siniora reçoive la reconnaissance symbolique qu'il mérite (voir en photo sa belle auréole) et qui continue à lui être déniée par des "concitoyens" dont la mauvaise foi rivalise avec la bassesse.

Vilipendé, honni et injurié par ses ennemis, il continue à avancer sur son chemin du Golgotha, indifférent à l'humiliation et à la calomnie comme s'il voulait prouver, ne serait-ce qu'une fois, que l'on peut, à force de courage et de ténacité, être un "prophète dans son (propre) pays".

Espérons que cette "auréole de sainteté" patiemment gagnée à l'étranger ne se transforme, de retour dans son pays, en auréole de martyre.

Friday, September 22, 2006













Hassan-l’oracle et la Divine Victoire

La biographie officielle de Hassan Nasrallah ne dit pas si le 31 août 1960, jour de sa naissance dans le quartier de Bourj-Hammoud, à l'est de Beyrouth, trois Ayatollahs-Mages ne se sont pas penchés sur son berceau avant de souffler dans l'oreille de son père Abdel Karim que son fils était voué à un destin exceptionnel, celui de d'accomplir une victoire sans précédent contre l'ennemi de l'Islam.

Nous le savons aujourd'hui: cette Victoire est Divine car prédestinée. Il fallait juste attendre 46 ans pour que la vérité soit enfin révélée. Une preuve s'il en faut, la victoire était déjà inscrite depuis sa naissance dans le nom même de Hassan Nasrullah. Dès que les stratèges du Hizbullah ont découvert cette belle coïncidence, des centaines de milliers d'autocollants sur la victoire divine ont envahi l'espace public. La divinité semble depuis associée à tout ce que dit, fait ou entreprend le parti de Dieu et rien ne semble plus freiner le délire verbal. "Le Hizbullah n'est pas un parti d'humains. Ce parti est le parti de Dieu. Il l'est dans son contenu, dans ses mots, dans ses actions et dans sa conduite", a récemment entonné sans la moindre hésitation le député Ali Ammar, haranguant une foule en délire qui fêtait dans la banlieue chiite l'anniversaire du Mehdi.

Hassan Nasrallah n'est pas en reste. Il n'a pas son égal dans l'art du verbe surtout lorsqu'il se transforme en émule d'Émile Coué, célèbre pour sa méthode d'auto-suggestion basée sur la persuasion par la répétition, censée entraîner l'adhésion de ses adeptes aux idées positives qu'il s'impose et assurer ainsi leur mieux-être contre l'adversité. L'invitation qu'il a adressée aux gens “les plus honnêtes, les plus généreux et les plus purs” pour venir fêter la “victoire divine historique” est un morceau d'anthologie qui mérite d'être reproduite intégralement:

احتفاء بالنصر الالهي التاريخي على الصهاينة أعداء لبنان والأمة وتمجيدا للشهداء الأطهار الذين بذلوا مهجهم وأرواحهم والجرحى الذين نزفت عروقهم دما والمعتقلين الصامدين بالأسر والأهالي الشرفاء الذين بقوا في أرضهم وصمدوا والذين هجروا ونزحوا وصمدوا والذين دمرت بيوتهم وأرزاقهم وصمدوا, واعتزازا بالمقاومين الأبطال رجال الله الذين كانوا بحق مفخرة الأمة وعنوان الشموخ وصناع ملاحم النصر والوعد الصادق والأمل الذي ما خاب ولم يخيب بإذن الله وتكريما وتقديرا وشكرا لكل من ساند المقاومة ودعمها وحفظها واحتضنها واحتضن أهلها في لبنان وعلى امتداد العالمين العربي والاسلامي وفي كل أنحاء العالم وتأكيدا على التزامنا المطلق وحقنا الثابت والمشروع باستعادة أرضنا وأسرانا والدفاع عن وطننا وكرامته وحريته وسيادته واستقلاله الحقيقي الكامل في مواجهة الاحتلال والتهديد والأطماع الصهيوني أدعوكم جميعا للمشاركة في مهرجان الانتصار انتصاركم أنتم على أعتى طواغيت هذا العالم وفي عصر يوم الجمعة القادم في الضاحية الجنوبية ضاحية العز والكرامة ضاحية الإباء والصمود ضاحية الانتصار للوطن كل الوطن وللأمة كل الأمة
هلموا يا أشرف الناس وأكرم الناس وأطهر الناس لنجدد عهدنا والميثاق ونعلن فرحتنا بالنصر الالهي لكل العالم

La fête aura lieu ce vendredi et les Libanais retiennent leur souffle. Hassan l’oracle va enfin parler dans le sanctuaire qu’est devenue la banlieue chiite détruite. Il va révéler aux hommes le destin qui les attend, mais on ne sait pas encore si Michel Aoun lui servira de Pythie.

A suivre

Thursday, September 21, 2006













Fadlallah…ah, ah, ah…


Depuis qu'il a échappé, de toute justesse, aux bombes israéliennes qui le visaient personnellement, Cheikh Muhammad Hussein Fadlallah est entré en transe radicale qui ne cesse de s'intensifier depuis l'arrêt des hostilités.

Le temps de la raison et de la modération est aujourd'hui révolu. La "Victoire Divine" qui a ensorcelé plus d'un dans l'immensité de la nation arabo-islamique a produit également ses effets dans le cœur et dans l'esprit du Cheikh-Référence, mais au lieu de lui procurer un sentiment de contentement, elle semble le précipiter dans un état de frénésie jihadiste qui relègue aux oubliettes le discours d'ouverture qu'il prônait naguère.

Fadlallah, traité jadis en paria par la mollahcratie iranienne pour s'être opposé ouvertement au concept de la "Vilayat e Faqih", semble aujourd'hui faire pénitence et ne rate aucune occasion pour stigmatiser les "menées" externes et les "déviations" internes.

Cette exaltation toute fraîche le pousse jusqu'à investir le champ cultuel pour parfaire sa nouvelle mission. En décrétant avoir "scientifiquement perçu" le dimanche 24 septembre comme date d'envoi du mois de Ramadan, il en profite pour exhorter les fidèles à s'engager, entre autres, dans le "jeûne politique" pour se prémunir contre les "déviations" contraires à la Charî'a :

أعلن المرجع السيد محمد حسين فضل الله ان الاحد المقبل هو اول ايام شهر رمضان واصدر في هذا الصدد البيان الآتي: "ثبت لدينا بالطرق العلمية الفلكية الموثوقة ان بداية شهر رمضان المبارك تصادف الاحد 24 ايلول وذلك على اساس ولادة الهلال وإمكان الرؤية. واننا في هذه المناسبة الدينية الكريمة ندعو الله سبحانه ان يمر هذا الشهر المبارك على المسلمين بالخير والعزة والكرامة، وان يوفقهم للاخذ باسباب التقوى في صيامهم وقيامهم والتزامهم الصوم الروحي والاخلاقي والاجتماعي والسياسي عن كل الانحرافات الشرعية.

النهار٠ ٢٠ ايلول ٢٠٠٦ ٠

Ô tempora ! ô mores.

Sunday, September 10, 2006

Hassan Chami fait acte d'allégeance !

Quand j'ai décelé, il y a quelque temps, chez l'ami Hassan Chami les signes avant-coureurs d'un revirement dans sa "manière de penser", il s'en était offusqué et certains de nos amis ont considéré que je lui faisais un procès d'intention !

En lisant son article publié aujourd'hui dans le journal Al-Hayat, je me rends compte qu'il a effectivement réussi sans beaucoup de peine à s'affranchir de sa "conscience malheureuse" et qu'il a fini par rejoindre en toute quiétude la cohorte des intellectuels néo-organiques qui prolifèrent depuis peu à Beyrouth.

Bien entendu, il n'est nullement interdit de défendre une "vision", mais quand l'intellectuel se transforme en propagandiste qui se creuse la cervelle pour inventer des arguments fallacieux à la défense de son clan ou se transforme en simple perroquet répétant à l'envi et sans le moindre discernement les arguments de ce clan, il renonce tout simplement à être un acteur pensant la "chose" et devient objet "pensé" de cette chose.

Thursday, September 7, 2006










Les équilibres métastables et les marionnettes libanaises

Nul besoin d'être un expert en Thermodynamique pour reconnaître que le Liban évolue, depuis sa création, dans un état d'équilibre métastable.

En application des lois de la thermodynamique, un système se trouve dans cet état lorsque ses paramètres constitutifs sont assujettis en permanence à des "transformations ouvertes" qui sont soit le résultat de sa propre dynamique interne, ou bien de ses "échanges avec l'extérieur".

L'illustration ci-dessus montre que la moindre inflexion dans la courbe porteuse du milieu conduit inéluctablement la boule à dégringoler la pente après s'être un moment immobilisée sur un pic d'instabilité.

L'application de ces lois au cas libanais éclaire parfaitement les soubresauts récurrents qui font plonger périodiquement le pays dans l'instabilité après des périodes d'accalmie de plus ou moins longue durée (paix civile froide, selon la belle définition de Waddah Chrara). L'analogie du système libanais avec les systèmes thermodynamiques est patente. La dynamique interne du système libanais aussi bien que ses transformations ouvertes sont le reflet des intérêts antagonistes de ses communautés et (ou) des relations de celles-ci avec l'environnement régional et international.

Que font, dans cette situation, les "acteurs" libanais ? ils jouent, tout simplement, le rôle d'agents qui véhiculent ces transformations et leur liberté d'action est toute relative. En effet, qu'ils utilisent leurs propres moyens ou qu'ils s'appuient sur l'extérieur (une puissance régionale ou internationale) pour défendre les intérêts de leur communauté ou d'une fraction de celle-ci, ils restent prisonniers des règles de fonctionnement du système confessionnel, mais aussi des impératifs de la puissance tutélaire. Ce sont donc des marionnettes dont les ficelles sont manipulées par l'extérieur ou, pire encore, par les lois intrinsèques.

Quelle est l'alternative pour sortir de cet état d'équilibre métastable ? la réponse à cette question est simple en théorie: briser le système confessionnel et jeter les bases pour l'émergence d'un Etat Civil. Mais qui peut le faire ? le système ne peut pas se réformer de lui-même, l'extérieur est loin d'être intéressé et les marionnettes ne peuvent pas changer de nature. Alors ?

Des centaines de milliers de libanais se sont rassemblés un jour dans un rare sursaut pour dire leur rejet du système. Mais les marionnettes ont vite fait d'ignorer leur appel et, naturellement, le système a fini par les phagocyter ou les rejeter.

La quadrature du cercle est un problème que les géomètres ont tenté en vain de résoudre. Chacun sait que ce problème est insoluble. Le problème libanais est quelque peu identique et nos marionnettes l'ont probablement su avant tout le monde; c'est la raison pour laquelle elles n'ont jamais tenté !

Saturday, September 2, 2006























Le Corbeau à l'orange

Depuis qu'ils ont scellé leur entente en février dernier, Hassan Nasrallah et Michel Aoun ont toujours tenu à échanger de bons procédés. De cajoleries en câlineries et de minauderies en simagrées, ils s'amusent à conduire le pays à la catastrophe sous les vivats de l'apprenti dictateur de Damas et l'œil bienveillant de l'apocalyptique "enrichi" de Téhéran.

Au fil des jours, la frustration devenait, toutefois, de plus en plus manifeste du côté du Général qui avait, en nouant cette alliance, bravé le danger de choquer, voire de "violer" sa propre base chrétienne. Hélas, Le partenaire chiite semblait toujours agir avec une certaine réticence, sinon avec snobisme, à ses appels du pied incessants visant à créer rapidement les conditions lui permettant d'accéder au "trône" tant convoité de Baabda, ou du moins obtenir quelques strapontins au gouvernement.

Nasrallah avait entre-temps d'autres chats à fouetter: il préparait l'exécution de la "promesse sincère", opération funeste qui, malgré le carnage israélien et les destructions sans précédent, est célébrée aujourd'hui par une immensité de décérébrés néo-organiques comme une victoire qui va "changer le cours de l'histoire".

Aujourd'hui, les gazouillis des deux tourtereaux ont repris de plus belle. As-Sayed semble enfin répondre aux injonctions. Le Général commence du coup à adopter un ton de plus en plus frénétique et menaçant sans se rendre compte que le satisfecit obtenu cachait probablement une "promesse insincère" de la part d'un Nasrallah de plus en plus empêtré dans un mea-culpa mal digéré par ses sbires.

Que l'immense Jean de La Fontaine me pardonne de travestir l'une de ses plus belles fables pour illustrer mon propos:

Maître Corbeau (Michel), sur un arbre perché (Rabieh),
Tenait en son bec un fromage (une majorité des Chrétiens libanais).
Maître Renard (Hassan) par l'odeur (des chrétiens, s'entend) alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
"Et bonjour Général du Corbeau
Que vous êtes joli! que vous me semblez beau!
Sans mentir, si votre ramage (le ton menaçant)
Se rapporte à votre plumage (la tenue militaire),
Vous êtes le phénix (plutôt Dindon!) des hôtes de ces bois»
A ces mots Michel ne se sent pas de joie;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec laisse tomber sa proie (il trahit encore une fois ses coreligionnaires)
Hassan s'en saisit et dit: "Mon bon Michel,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute:
Cette leçon vaut bien un fromage (popularité) sans doute."
Le corbeau honteux et confus
Jura mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus (Hélas, Michel n'en est pas encore là !)