Wednesday, December 27, 2006
















Le "Parfum de la Résistance"

Ne vous posez plus la question de savoir quel "parfum" peut avoir la Résistance. Vous pouvez d'ores et déjà le sentir et l'essayer !

Le «parfum de la résistance» vient en effet d'être lancé sur le marché avec sur l'emballage la photo et, en guise de slogan, les paroles "sacrées" de Sayyed Hassan Nasrallah: « Vous êtes la promesse sincère… J'ai grande foi en vous et je vous promets la victoire divine » (lire à ce sujet le papier du Daily Star).

"Nous avons trouvé l'idée accrocheuse de coupler le lancement du parfum avec un message politique et surtout de faire coïncider ce lancement avec le sit-in", déclare Mohammad Dekmak, concepteur et producteur du parfum qui possède une chaîne de boutiques dans la banlieue sud de Beyrouth et qui affirme avoir envoyé plusieurs de ses vendeurs au centre ville pour le promouvoir.

Dekmak admet que le "parfum de la résistance" peut être adapté aux désirs des clients: "s'ils le souhaitent, nous pouvons leur remplir les flacons avec du Versace, du Chanel, du musc ou des parfums floraux. Ils n'ont qu'à le demander", dit-il.

"Résistance" n'est pas autorisé par le Hizbullah, mais il n'est pas loin de le trouver "irrésistible" !

« Nous n'aimons pas encourager la transformation du Hizbullah en entreprise commerciale, mais puisque le parfum s'appelle Résistance et non Hizbullah, nous ne voyons aucun inconvénient à ce qu'il soit commercialisé, a indiqué Ghassan Darwish, porte-parole du Hizbullah.

Souriez, pendant qu'il est encore temps !

Saturday, December 23, 2006













Les Libanais, le Diable et les détails.


Le Diable se tapit dans les détails. Les Libanais en ont décidé ainsi. D'autres avant eux l'avaient noté, mais eux ils en font une fixation. Ils vous le serinent dès les premières heures de la journée. Tout le monde y participe et s'y donne à cœur joie: les politiques s'en délectent et les journalistes s'en gargarisent. Cela dure depuis des mois et rien ne dit que cela va s'arrêter un jour. En vain vous chercherez le Diable ailleurs: le détail constitue son cocon naturel, il y a élu domicile et entend y rester.

La faute revient, bien entendu, à la crise qui perdure. Aussi, ce leitmotiv est appelé aussi à perdurer et le Diable va longtemps nous tenir compagnie.

Dieu ayant envahi l'espace public notamment grâce aux coups de boutoir de son propre parti (le Hezbollah, s'entend), il n'était que justice, dans le pays des équilibres fragiles, que le Diable puisse occuper une place à la hauteur de ses méfaits.

Pour les fêtes de fin d'année, il sera l'invité le plus prestigieux de tous les Libanais. Croyez-vous que la concomitance de la Saint-Sylvestre et d'Al-Adha est due au simple hasard ? détrompez-vous: c'est le Diable qui en a décidé ainsi ! puisqu'il passe son temps dans les détails, il avait tout le loisir de s'occuper de celui-ci aussi. N'est-il pas le séducteur ès qualités ?

Vive le Diable !

Wednesday, December 20, 2006














Les Sunnites, les Chiites et … le Narguilé


Les sunnites beyrouthins, réputés indolents, ont toujours aimé se prélasser face à un coucher de soleil, un tuyau de Narguilé à la main sur lequel ils tirent nonchalamment de temps en temps en échangeant des futilités qu'ils considèrent être la quintessence de la sagesse !

Depuis quelques semaines, le tuyau a changé de mains. Ne voilà-t-il donc pas que les chiites du Hezbollah préparant le "Grand Soir" sous les tentes plantées dans le cœur "sunnite" de la capitale se soient mis dans la tête de leur arracher ce privilège aussi ? Pire encore: ne se sont-ils pas avisés d'inviter leurs binômes maronites orangistes à se dévergonder à leur tour et à les suivre dans la manœuvre rien que pour vexer l'usurpateur Hariri ?

Il est facile d'imaginer, ne serait-ce que pour des raisons d'allégeance évidentes, que le tombac "ajami" depuis longtemps délaissé au profit de mixtures plus fruitées, devra faire l'objet d'un "taklif" à l'adresse des "squatters" qui occupent les "tentes révolutionnaires".

Cette spoliation par les chiites du "tuyau de sagesse" adulé par les sunnites et son détournement à des fins bassement politiques est devenue franchement intolérable.

En toute logique, le Mufti sunnite, dont la voix fluette de castrat semble gagner depuis peu en intensité, devra émettre sans tarder une "fatwa" déclarant le Narguilé comme "ligne rouge" infranchissable à l'instar du Grand Sérail devenu récemment, grâce à la noria des manifestations de solidarité avec Fouad Feltman, le dernier bastion de la "dignité" sunnite bafouée.
















Michel la boulange

De l'obsession compulsive au populisme aveugle

En lui collant le sobriquet de Tsunami, quelques heures avant son arrivée au Liban après quinze ans d'exil, Walid Joumblatt ne pouvait probablement pas prévoir l'étendue des ravages qui seront provoqués par celui qui allait devenir en moins d'un an l'un des principaux pourfendeurs de l'aggiornamento post-syrien du Liban.

Depuis cette date, les Libanais assistent médusés à la transformation frénétique et spectaculaire de l'un des plus farouches adversaires du "régime de tutelle", en allié objectif de ce régime et en marionnette consentante entre les mains de son principal féal libanais. Toutes les analyses ont été tentées, y compris l'analyse freudienne, pour résoudre l'énigme qui a poussé Michel Aoun à dégringoler du podium sur lequel il pouvait continuer à caresser ses lauriers de précurseur jusqu'au marigot à crocodiles où il est en train de patauger.

Depuis qu'il a goûté au fauteuil présidentiel, le Général semble rongé par une fixation maladive: recouvrer le poste dont il a été chassé par son ancien ennemi juré. Incontestablement, les pathologies non soignées restent ancrées pour la vie. Quinze ans à ronger son frein et puis, subitement, un coup de théâtre ! Les troupes syriennes se retirent, mais au prix d'un drame national et par la seule volonté des grandes puissances. Le Général, fermement convaincu d'y avoir fortement contribué, commence à se frotter les mains, son rêve doit enfin pouvoir s'accomplir. Il s'y voyait déjà.

Deuxième coup de théâtre ! voilà que ses "compagnons de lutte" et ses adversaires, fraîchement convertis au souverainisme, lui contestent la primauté de l'acte libérateur et se mettent à vouloir lui barrer la route. Qu'à cela ne tienne ! les fixations maladives parviennent toujours à se frayer des chemins de traverse. Le Général va se jeter, armes et bagages, dans les bras de l'ancien ennemi. L'illustre Henri IV s'est bien converti au catholicisme pour accéder au trône de France, alors, Baabda vaut bien une messe, n'est-ce pas ? et puis, quelle belle revanche que de s'y faire introniser par le même ennemi qui l'en avait chassé auparavant.

L'homme est ambitieux. Pourquoi donc le Landerneau politique libanais s'agite tant ? Et puis, quoi de plus "naturel" qu'un homme politique soit ambitieux ? De tout temps et en tout lieu, l'ambition a été le premier ressort qui permet aux politiques d'escalader les marches du pouvoir. Le problème est que l'ambition de notre Général prend toutes les allures de l'obsession compulsive et eu égard à son passé, il n'est pas sûr qu'il puisse conduire vers le salut escompté un pays qui repose depuis sa fondation sur des équilibres métastables.

Frappé d'ostracisme par la coalition du 14 mars et par les grandes puissances qui jugent d'un mauvais œil son retournement spectaculaire, le "petit caudillo" des classes moyennes chrétiennes a réussi à gagner motu proprio le soutien d'une grande partie de sa communauté toujours à l'affût d'un sauveur qu'elle croit capable de défendre ses intérêts.

Les autres fractions, qui nourrissent leurs propres phobies, se conduisent avec le même instinct de survie et cherchent à neutraliser, autant que faire se peut, celui qui menacerait de leur arracher leur part du gâteau.

Depuis son retour "triomphal", il a essayé tous les stratagèmes en s'effeuillant tour à tour de tous les voiles de la décence dont le drapait son prétendu "patriotisme irréductible". Rien n'y a fait, même l'entente avec le Hezbollah vers lequel il s'est dirigé contraint et forcé. Ce dernier l'a accueilli à bras ouverts ne pouvant espérer meilleur "dindon" pour couvrir sa marche progressive vers le contrôle des leviers du pouvoir afin de mieux protéger son arsenal "sacré".

Le Général est primesautier et rien ne l'empêchera un jour de retourner une nouvelle fois sa veste. Aussi, le "Parti de Dieu" ne s'aventurera jamais à en faire son candidat officiel pour la présidence, sinon pour mieux l'en éloigner. C'est ce qui le rend de plus en plus fébrile, réalisant un peu tardivement l'inanité de son pari imbécile. D'où son recours à une botte qu'il croit secrète: le populisme. Être De Gaulle n'étant plus possible, alors pourquoi ne pas essayer Perón ?

En bon élève qui a appris sa leçon, Michel la boulange est en train de nous servir tous les poncifs du genre à peine retouchés. Qu'on en juge:

Le populisme dit que l'élite ou des petits groupes d'intérêt de la société trahissent les intérêts de la plus grande partie de la population, et qu'il y aurait donc lieu de retirer l'appareil d'État des mains de cette élite égoïste voire criminelle pour le « mettre au service du peuple ». Afin de remédier à cette situation, l'apprenti fasciste propose des solutions simplistes qui sont présentées comme applicables tout de suite et émanant d'une opinion publique présentée comme monolithique.

Les populistes critiquent généralement les milieux d'argent ou une minorité quelconque accusée d'avoir accaparé le pouvoir. Ils leur opposent une majorité postulée, qu'ils courtisent. L'appel au peuple supposerait que la vérité découlerait de l'assentiment populaire remporté grâce à un appel émotionnel, mais il incarne une corruption idéologique de la démocratie, en révèle les dysfonctionnements et exprime une exigence de participation populaire sous le mode fusionnel d'un communautarisme national ou identitaire.

La transformation rampante du centre ville de Beyrouth en une nouvelle "Dahieh", l'apparition des galettes au thym pour nourrir les "pauvres" sur les lieux réservés aux "riches" et la veillée sous les tentes des "enfants de Spartacus" rêvant de "grand soir" dans les volutes des narguilés nous offrent un panorama saisissant de la première contribution libanaise au fascisme de masse.

Sunday, December 17, 2006













Hassan Chami, le Janus malgré lui

Ou les égarements de l'équidistance factice.

Dans son article publié aujourd'hui dans le journal Al-Hayat, l'ami Hassan Chami se lamente longuement et à juste titre sur les effets dévastateurs de la polémique qui oppose aujourd'hui les deux camps au Liban. "Si ce n'était la crainte de voir le pays sombrer dans l'abîme, on aurait pu s'amuser à surveiller de près les techniques de cette polémique bruyante, propagandiste et mobilisatrice", dit-il. Tout cela est bien joli et marque une intention louable de la part d'un intellectuel néo-organique de se tenir à distance de la polémique et de formuler un avis objectif et raisonné de la situation.

En dépit de cette introduction prophylactique et non sans avoir déploré au passage les conséquences de cette polémique conflictuelle sur le développement de la "conscience malheureuse", il y plonge à son tour, mais pour se disculper à l'avance de toute accusation de partialité et pour amadouer ses contradicteurs potentiels, il commence par concéder que le récent discours de Hassan Nasrallah était empreint d'une "forte dose de colère et de tension". Cela nous fait une belle jambe !

En se livrant à un exercice d'énumération des contradictions et en prétendant se tenir à égale distance des protagonistes, Hassan Chami occulte la question essentielle ou, du moins, tente de la conjurer pour éviter d'appeler un chat un chat. Mais, les faits sont têtus et rien ne lui sert de recourir à des astuces sémantiques pour les travestir. Car, de quoi s'agit-il ? Nous sommes devant une opération de sape délibérée du système libanais, orchestrée par le Hezbollah pour les besoins de survie d'un régime despotique et criminel et pour le soutien d'un autre régime non moins despotique qui cherche à mener une guerre par procuration contre le Grand Satan américain.

Vouloir se draper d'une fausse innocence et présenter l'enjeu comme une simple revendication pour une meilleure participation au gouvernement revient tout simplement à prendre ses lecteurs pour des imbéciles.

Les deux visages de Janus ne sont point ceux qui sont présentés dans son argumentaire sophiste: une culture sociale pré-moderniste et nationaliste et une autre complaisante à l'égard des excès de la modernité et de ses produits. Ces deux visages opposent tout simplement une culture de mort et une volonté farouche de vivre en paix dans un pays dont l'archaïsme des structures risque réellement de le faire sombrer.

Outre ses deux visages, Janus est connu pour être le dieu des portes (de janua, porte en latin). A Rome, son temple principal a la particularité d'avoir les portes ouvertes en temps de guerre et fermées en temps de paix. Dans sa hâte, Hassan oublie de pousser l'exemple jusqu'au bout préférant ignorer la persistance maladive du Hezbollah à vouloir garder les portes ouvertes contre la volonté des Libanais.

L'imagination étant vagabonde, je me suis demandé en lisant son article si en évoquant les deux visages de Janus, Hassan Chami ne nous offre malgré lui un parfait exemple du lapsus calami dévoilant ainsi ses deux propres visages, l'un tourné vers la modernité et l'indépendance tandis que l'autre reste tellement rivé à sa communauté qu'il en oublie de dénoncer ses soi-disant défenseurs.

Saturday, December 9, 2006














Siniora de Bergerac contre Hassan le Myrmidon


A force de jouer au fier-à-bras et au fanfaron, Hassan le tonnant a offert à son souffre-douleur favori une occasion en or pour le terrasser. Non seulement Fouad Siniora s'est révélé être un redoutable bretteur, mais il a réussi là où beaucoup d'autres avaient échoué avant lui: tourner en ridicule l'infaillibilité orgueilleuse de Nasrallah.

En d'autres circonstances, cette audace aurait certainement déclenché des tempêtes de protestations de la part des partisans chauffés à blanc du Hezbollah, mais cette fois, une étrange stupeur semble avoir frappé les foules. C'est que le tac au tac teinté de sarcasme a permis au prisonnier du Grand Sérail, soudain transfiguré en Cyrano, de toucher à la fin de l'envoi la carapace du vaniteux Myrmidon:

Elégant comme Céladon,
Agile comme Scaramouche,
Je vous préviens, cher Myrmidon,
Qu'à la fin de l'envoi, je touche !...
… Vous auriez bien dû rester neutre;
Où vais-je vous larder dindon ?...
… Prince, demande à Dieu pardon !
Je quarte du pied, j'escarmouche,
Je coupe, je feinte... Hé! là donc,
A la fin de l'envoi, je touche.

Lire à ce sujet la critique étincelante de Jihad El Zein dans An-Nahar