Tuesday, January 30, 2007
















Hassan Stakhanov
Ou l'accroissement de la "productivité" chiite

Abandonnant, le temps d'un discours, ses victoires divines, Hassan Nasrallah a décidé de changer complètement de registre et de s'occuper de choses nettement plus "terrestres". Ce faisant, il nous a donné une nouvelle preuve de ses talents totalitaires et de sa capacité à manipuler le "substrat de masses" chiite (cf. Hannah Arendt).

Prenant la parole dans le cadre des cérémonies de commémoration de l'Achoura, il a consacré une bonne partie de son discours (lire ici le compte rendu par le journal Al-Akhbar qui fait office de Pravda pour le Hezbollah) à réfuter les allégations et rumeurs persistantes sur un prétendu "complot financé par l'Iran et le Hezbollah" en vue de "convertir" les sunnites en chiites.

Tournant en ridicule ces rumeurs, il a souligné l'impossibilité d'un tel projet pour la simple raison qu'il suffira au Hezbollah de publier un communiqué (ne craignez rien! aucune Fatwa pour le moment) recommandant "l'accroissement de la productivité" et l'on verra "les chiites augmenter de 150 000 en un an et sans avoir à dépenser le moindre sou".

Techniquement, il n'y a strictement rien à redire ! Au contraire, si tous les mâles chiites répondent à l'appel et décident d'appliquer les méthodes stakhanovistes à la procréation, le chiffre annoncé par Hassan Nasrallah sera très largement dépassé !

Sous le règne de Staline, inventeur émérite du totalitarisme, les communistes ont lancé une campagne de propagande destinée à relever le taux très bas de la productivité des travailleurs soviétiques. Un concours organisé le 31 août 1935 permit à Alexeï Stakhanov de se faire remarquer. Il réussit en une journée à extraire quatorze fois plus de charbon qu'il n'était prévu.

Procréer quatorze fois par jour ? C'est beaucoup me diriez-vous, mais quand on a la foi et lorsqu'on est soutenu par un "souffle divin", il sera aisé d'infliger un démenti solennel au proverbe: A l'impossible nul n'est tenu !

Saturday, January 27, 2007
















Une "conscience" à indignation sélective

Il fait réellement pitié Salim Al-Hoss lorsqu'il se dit "stupéfait" par l'état de division des Libanais et par les " violences exécrables" dont ils sont capables. Il fait réellement de la peine quand il découvre qu'un étudiant peut se "transformer instantanément" en tueur, mais il fait franchement sourire quand il découvre tout seul et comme un grand la dynamique des affrontements interconfessionnels (lire ici son article).

Depuis qu’il a annoncé son "retrait définitif" de la vie politique et décidé de devenir la "Conscience du Liban", l'ancien Premier Ministre ne cesse de nous gratifier de ses déclarations éplorées sur le sort du Liban, de la nation arabe, voire de la planète entière.

On trouve de tout dans sa caverne à mille et une lamentations. En faire l'étalage serait d'un ennui mortel, mais il lui arrive parfois de se transformer en "donneur de leçons", alors là, ce n'est point de la pitié qu'il lui faut, mais d'une double claque, voire d'une rafale de "sahsouhs" bien sonnés, comme aiment à dire les Libanais.

Tout le monde se rappelle sa fameuse "théorie" sur le partage des tâches entre le Liban et la Syrie concernant la lutte contre Israël: "As-Soumoud" pour la Syrie et "At-Tassadi" pour le Liban. Ce qui nous conduit à accepter que le Liban soit à jamais un terrain de confrontation pour qu'un silence de cimetière puisse éternellement régner sur le Golan.

Mais là où il atteint le comble de la niaiserie, c'est lorsqu'il se met à prodiguer ses conseils à l'apprenti dictateur de Damas. Ainsi, à chaque mise sous le verrou d'un dissident syrien, Salim Al-Hoss transforme sa conscience en boîte à indignation sélective pour supplier le "jeune docteur prometteur" de relâcher l'imprudent militant.

Aujourd'hui, il avoue pour la première fois son impuissance et se met à implorer "Allah" pour qu'il soit "clément avec le Liban et son peuple" !

Au point où il en est, il ferait aussi bien de demander à Dieu de faire cesser les ingérences de la Syrie au Liban, de convaincre le Hezbollah de confier ses armes à l'Etat et d'inspirer Michel Aoun d'aller à la pêche au lieu de continuer à caresser son rêve fou et impossible de conquérir la présidence.

Thursday, January 25, 2007













L'infiltration du divin dans le marécage libanais

Le Hezbollah, on le sait, est un parti divin. Son chef l'est aussi, son nom l'indique clairement. Ses victoires sont, bien entendu, divines, nous le savons tous depuis la catastrophe du 12 juillet. Il est donc logique de conclure que toutes les actions du Hezbollah sont frappées du seau de la divinité.

Lorsqu'il se battait contre Israël, les Libanais avaient appris à s'accommoder de cette omnipotence divine. Les poncifs de la "guerre de libération" faisaient partie des constantes fondamentales communément admises même si, au cours des dernières années, l'effort visait à reconquérir quelques "fermes" afin d'y restaurer le "droit inaliénable" de quelques centaines de chèvres libanaises et syriennes à brouter !

Aujourd'hui, la donne est toute différente. En acceptant la résolution 1701, le Hezbollah a accepté, contraint et forcé, d'être privé de son territoire de prédilection où il pouvait continuer ad vitam aeternam à exercer sa puissance divine et voler vers d'autres "victoires". Pire encore, le "Parti de Dieu" doit faire face à d'immenses contraintes qui sont la conséquence directe de son aventurisme aveugle.

1. La guerre de juillet a laissé exsangue la communauté qu'il était censé défendre, mais qui continue à force d'intimidation à lui prodiguer son soutien par simple réflexe communautaire ou par peur de perdre les quelques billets verts de la manne iranienne exclusivement distribuée par ses soins.

2. Le Hezbollah se retrouve avec un immense arsenal sur les bras qui ne peut même pas servir à tirer un feu d'artifice pour fêter ses victoires.

3. Des milliers de militants qui se retrouvent désœuvrés faute de guerre à mener et qui ne peuvent, quand même pas, être reconvertis du jour au lendemain en simples vendeurs de Falafel chez Barbar !

Que faire ? la puissance divine tourne à vide et tout comme la Nature, elle a horreur du vide. Le Hezbollah a très vite trouvé la solution. Il faut admettre que c'était archi-facile, car le Hezbollah est doté d'une … Devinez quoi ? Mais d'une intelligence divine, pardi !

Faute de guerre avec l'ennemi israélien, il fallait bien s'inventer un ennemi de remplacement. Et quelle meilleure cible que ces Libanais ingrats qui ont osé narguer la victoire divine ? Il leur faut d'abord une petite leçon de savoir-vivre: On va leur saccager leur "downtown" dont ils sont si fiers ! On prend notre temps et l'on s'éternise et ils finiront par céder. Horreur: ces bougres ne cèdent pas ! Bon, on va leur paralyser leur pays (qui n'est qu'accessoirement le nôtre) et couper toutes ses artères. Damnation: voilà que les bougres se mettent à vouloir résister…

Ne soyez pas surpris si je vous dis que le Hezbollah mérite toute notre compassion. Sincèrement et vous allez comprendre pourquoi: Ce malheureux parti n'a jamais eu sa part de guerre civile. Quinze ans durant, les Libanais se sont battus entre eux pendant qu'il était occupé à mettre en place son organisation. Il avait bien pris le soin de liquider à cette époque les quelques centaines de militants d'Amal pour asseoir sa puissance, mais ce n'était qu'une broutille. Avouez que c'est assez frustrant ! Tout le monde a eu droit à sa guerre civile sauf lui.

Aujourd'hui, il a tout le loisir de s'octroyer une guerre civile pour lui tout seul. Ce n'est que justice, après tout ! mais futé comme il est, il va profiter de l'expérience d'un Général qui s'était déjà illustré dans une "guerre d'annihilation", d'un chef de tribu nordiste dont le QI avoisine le zéro et de quelques dizaines de mercenaires entretenus par le Grand Frère qui se morfond dans son "isolement" à l'Est.

Libanais,

Cette guerre a commencé. Vous le savez tous très bien, mais vous ne voulez pas l'admettre. Les évènements du 23 janvier en sont le préambule, une sorte de "mise en bouche".

Le divin arrive en grande pompe dans le marécage libanais !

Wednesday, January 24, 2007











La forfanterie scélérate d'un forban en délire

Notre imbécile heureux national est "satisfait", fier de lui. Et comment ne le serait-il pas ? N'a-t-il pas réussi son pari et vu, de ses propres yeux vu, les lueurs oranges s'échapper dès l'aube de la ville en feu ? Comment voulez-vous qu'un ego si gonflé puisse résister à un si beau spectacle, surtout lorsqu'il est teinté des couleurs de son propre parti !

Michel Aoun est "satisfait" de la "réussite" de l'action de l'opposition. Il se dit "content" du caractère généralisé de la grève et du comportement des manifestants qui ont fait preuve d’un "grand courage" (lire ici ses déclarations).

La soif du pouvoir ne suffit pas à expliquer cette forfanterie scélérate ! Il ne manquait qu'une lyre à ce forban en délire pour accompagner depuis son Quirinal à Rabieh ses roucoulades morbides face à une ville qui brûle !

Michel Aoun veut nous prouver que goujaterie et politique peuvent se confondre ! Il veut nous convaincre que le vandalisme est la manifestation suprême de la démocratie ! Il veut nous faire admettre que ses litanies captieuses sur la corruption sont l'ultime démonstration de sa probité !

"Le gouvernement n’est plus seulement illégitime, mais il a gagné un nouvel attribut, celui de terroriste », claironne ce sénile baveux qui a perdu le sens des mots.

Quand un homme politique a le timbre aussi fêlé, il n'y a que la camisole de force pour réduire ses criailleries au silence !

Sunday, January 21, 2007













Que faire du Général ?

Le dilemme insoluble du Hezbollah

Michel Aoun est devenu un fardeau encombrant pour le Hezbollah. Sa volonté irréductible et maladive de devenir Président réduit la marge de manœuvre de son allié et l'empêche de mener "librement" ses tractations en vue de parvenir à un compromis avec le camp opposé.

En effet, Hassan Nasrallah se retrouve aujourd'hui enfermé dans l'engagement "moral" formel qu'il a pris de ne jamais "laisser tomber" un allié qui a osé braver la volonté naturelle de sa communauté en offrant la "couverture chrétienne" nécessaire à l'aventurisme destructeur du Hezbollah.

Cette couverture inespérée était absolument nécessaire au "Parti de Dieu" pour briser l'encerclement qui le menaçait au moment de l'exécution de sa funeste "promesse sincère". Pris en tenaille entre le rejet quasi unanime de la guerre par les Libanais et la sauvagerie destructrice d'Israël, le Hezbollah cherchait désespérément une planche de salut que Michel Aoun est venu lui offrir sur un plateau d'argent.

En contrepartie, Le Général n'attendait qu'une seule "chose": La Présidence. Il a bien voulu jouer le mouton noir de sa communauté, perdre sa popularité, tirer sur la France qui lui avait sauvé la mise et l'avait hébergé pendant quinze ans. Il veut bien aussi attaquer les Etats-Unis auprès de qui il a cherché le soutien pour "chasser le Syrien" du Liban, se brouiller avec les bailleurs de fonds arabes du Liban et se battre contre tous les moulins à vent de la planète. Bref, il est prêt à tout sacrifier, absolument tout rien que pour satisfaire sa lubie.

Face à cette volonté farouche, Le Hezbollah se trouve pris à son propre piège. Son dilemme est insoluble: répondre aux dernières injonctions iraniennes qui le pressent de calmer le jeu et de chercher le compromis impliquerait un refus de cautionner les turpitudes du Général et risquer ainsi une volte-face subite de ce dernier qui aurait des retombées catastrophiques sur sa stratégie interne. Le Hezbollah sait parfaitement, d'un autre côté, que toute solution de compromis future éliminerait ipso facto Michel Aoun de la course à la présidence. C'est la raison pour laquelle il ne s'est jamais ouvertement aventuré à soutenir officiellement sa candidature. Aussi, la litanie sur l'engagement "moral" s'avère être une promesse vide de toute substance. Le Général qui possède encore quelques rudiments d'intelligence l'a bien compris, d'où sa politique de l'escalade permanente.

Le sabotage par le Hezbollah de l'initiative de la Ligue Arabe et des ultimes tentatives de compromis patiemment élaborées par l'Iran et l'Arabie Saoudite prouve qu'il a choisi la fuite en avant, mais cette politique du bord du gouffre risque de lui couper les ponts vers toute solution de repli.

La nouvelle escalade qu'il vient de décider pour satisfaire son allié risque réellement de provoquer un chaos généralisé dont nul ne peut prévoir les conséquences et de précipiter le pays dans une nouvelle guerre civile qui n'attend plus que l'étincelle de départ.

Tuba mirum spargens sonum per sepulchra regionum !

Saturday, January 20, 2007














L'autodafé des Pneus
Palliatif à une "victoire divine bis"

Le Mouvement patauge ! Cinquante jours sont passés et pas l'ombre d'une petite percée victorieuse ne se profile à l'horizon !

L'opposition multiplie les conciliabules pour faire croire aux Libanais incrédules que le Hezbollah "respecte" ses alliés et n'imposera en aucune manière ses oukases. Ses chefaillons sont poussés à l'avant-scène pour distiller sans vraiment y croire un suspense de pacotille sur l'ultime escalade qui finira par "balayer le gouvernement stipendié".

Mais les faits sont têtus ! La Direction Collégiale, qui n'a de collégial que le nom, est en train de s'effilocher. Ses composantes sont à hue et dia:

Michel Aoun s'impatiente car il vieillit. Chaque jour qui passe l'éloigne un peu plus de "son" trône rêvé. Le menu fretin prosyrien entretient une excitation inversement proportionnelle à l'isolement de son mentor. Le mentor en question, inconsolable de la perte définitive de "son" Liban, se venge en instaurant le chaos dans l'espoir de venir à bout du Tribunal international. Nabih Berri, en déliquescence avancée dans le giron de son puissant frère, multiplie les yoyos pour faire valoir une marge de manœuvre qui s'est réduite à une peau de chagrin. Le Hezbollah, avide de "victoires divines" à répétition, tourne en rond. Il veut bien "conclure", mais le Diktat est ailleurs et dépend de manœuvres "hautement stratégiques" !

Que faire ? il faut bien faire quelque chose ! redonner un peu de tonus au mouvement moribond. Alors, Hassan le Divin, décide enfin de faire une "apparition". Les Divinités fonctionnent toujours ainsi: Ne jamais trop fréquenter les pauvres créatures: Juste une petite "apparition" de temps en temps pour ranimer les ardeurs défaillantes.

Le sourire mielleux fait place à la véhémence de la dernière "apparition". Son Eminence Grise (que croyez-vous, Hassan l'oracle a bien droit lui aussi à son Joseph François Leclerc du Tremblay dit Père Joseph !) a dû le lui conseiller. Dans une interview fleuve, il reprend ses antiennes usées, mais s'égare en conjectures. Cela sonne faux, cela sonne plat !

Sa Gracieuse Divinité garde toutefois le suspense (c'est une manie, foi d'iconoclaste!). Mais, la presse a déjà éventé le secret: en guise d'escalade, vous devez vous contenter d'un … Autodafé de pneus !

Un palliatif de misère à une "victoire divine bis" !

Wednesday, January 17, 2007














Les Phobies Communicantes
Ou l'hydraulique des fluides confessionnels

Les communautés libanaises fonctionnent selon le principe des vases communicants (loi de la physique selon laquelle un liquide remplissant plusieurs récipients reliés à leur base par un tube occupe la même hauteur dans chacun des récipients quelle que soit leur forme). Expliquons-nous:

Chacune d'elles (quel que soit le nombre réel, rêvé ou intentionnellement gonflé de sa population) nourrit des phobies qui sont absolument nécessaires à sa cohésion, mais aussi et surtout à ce qu'elle croit être sa survie face aux autres communautés. Peu importe si celles-ci se répartissent occasionnellement en coalitions (forcément temporaires) pour mieux se défendre et faire prévaloir leurs "droits", chacune d'elle voit dans l'autre au mieux un adversaire, au pire un ennemi.

Dans les rares périodes de leurs histoires où elles ne s'entre-déchirent pas, ces communautés sont contraintes de procéder à des ajustements leur permettant d'établir un semblant d'équilibre qui n'est autre qu'une tentative, éternellement recommencée, de neutralisation de leurs phobies mutuelles. Cette neutralisation fait croire à chacune d'elles qu'elle peut ainsi atteindre la même "hauteur" que les autres dans les vases confessionnels.

Le conflit larvé qui oppose aujourd'hui les deux coalitions en présence nous en fournit une parfaite illustration. Examinons la répartition des principaux joueurs: une première coalition réunit des Sunnites, des Druzes et une partie des Maronites, l'autre, des Chiites et une autre partie des Maronites (les dissipations dans chaque camp sont, bien entendu, inévitables).

Maintenant que les équipes sont formées, voyons comment circulent les "fluides" confessionnels au sein de chaque coalition:

• Nabih Berri nourrit une suspicion légitime à l'égard du Hezbollah qui mène des négociations avec les saoudiens sans l'en informer. D'où son ouverture ostentatoire en direction d'Amine Gemayel pour faire comprendre à son encombrant frère en religion que trop, c'est trop !
• Michel Aoun ne cache pas sa défiance (voir ses attaques répétées contre les arrangements régionaux) à l'encontre du duo chiite qui le tient à l'écart des tractations qu'il conduit avec l'ambassadeur saoudien. Ce qui oblige le Hezbollah à en démentir l'existence (oh le vilain menteur !) pour calmer les inquiétudes du bouillant Général.
• Walid Joumblatt voit d'un mauvais œil les "ouvertures" incessantes de Saad Hariri en direction du Hezbollah, ce qui le conduit à accentuer ses attaques contre ce dernier afin de dissuader son co-équipier de faire trop la cour à l'ennemi commun.
• Emile Lahoud n'aime pas trop la "mollesse" de Nabih Berri et s'en est plaint auprès de son maître Bachar qui n'a pas tardé à lui adresser une sévère réprimande (l'Ogre syrien montre vite ses crocs aux esclaves indisciplinés).

Il ne sert à rien de rallonger inutilement cette liste fastidieuse. Il suffit de lire la presse, elle en regorge. Les incartades et les réponses "de berger à la bergère" entre coalisés donnent une idée des ajustements nécessaires pour atteindre la même "hauteur" dans les vases des phobies communicantes.

Mais il arrive souvent que les vases se cassent, alors le jeu s'arrête et ce sont les tueries qui commencent !

Monday, January 15, 2007














Les Héritiers des "Plébéiens"
Ou les finesses du "comportement civilisé"

Depuis qu'ils ont déclenché leur mouvement visant à renverser le "Gouvernement Feltman", les tribuns de l'opposition ne manquent pas une occasion de nous rappeler le caractère pacifique et "civilisé" de leurs actions.

Les "déshérités" lancés à l'assaut du centre-ville, où ils campent depuis six semaines, rivalisent d'ingéniosité pour nous donner chaque jour une nouvelle leçon de savoir-vivre et une nouvelle preuve de civilité (pour le détail lire l'article de Youssef Bazzi).

La transformation rapide du cœur de la capitale en un "jardin des délices" digne de Jérôme Bosch soulève une question cruciale quant aux raisons profondes qui conduisent les chantres autoproclamés de la moralité à autoriser la dégradation systématique des lieux publics. La nuisance délibérée serait-elle un remède contre la fascination et la convoitise ? Permettrait-elle aux affamés de manger enfin à leur faim ?

Que les lecteurs hâtifs ne s'y méprennent pas ! cette nuisance n'est pas l'apanage de "masses" appartenant à une communauté particulière. Si des Chiites et des Maronites d'un certain clan se distinguent aujourd'hui dans ces "prouesses", des générations de sunnites, de druzes, des maronites d'un autre clan et, pour ne léser personne, de musulmans et de chrétiens se sont illustrés, par le passé, dans des prouesses similaires sinon pires.

Pour les imbéciles de tout poil qui vous répètent inlassablement que ces comportements ne correspondent pas à la "vraie nature" des Libanais, osons leur clouer le bec une fois pour toutes et affirmons haut et fort qu'au contraire, ces comportements font partie intégrante de la "culture" de l'immense majorité des Libanais et répétons après Bertolt Brecht qu'il est "toujours fécond le ventre qui enfanta la bête immonde". Peu importe si ces "masses" sont instrumentalisées par des leaders charismatiques et si la "servitude volontaire" continue à opérer longtemps après Etienne de La Boétie, il revient aux prétendus "affranchis" de ne plus se voiler la face, de reconnaître la réalité de la "bête immonde" et d'entamer les réformes nécessaires pour qu'il ne soit plus ainsi.

À l'instar des Tribuns Plébéiens de la Rome antique, ceux du Hezbollah sont des sacro-sanctus (intouchables). Comme toute action qu'ils entreprennent est "divine" par essence, ils se sont investis d'une mission d'auxilium qui les autorise à défendre les intérêts de la Plèbe dans son ensemble.

Comme les Plébéiens d'hier, ceux d'aujourd'hui réclament le droit de veto (jus intercessionis). Lorsqu'ils jugent qu'une action d'un magistrat en exercice (Gouvernement Feltman), quelle qu'elle soit, menace les intérêts de la plèbe, ils s'y opposent et la suspendent, l'empêchant de convoquer une assemblée, de procéder à une élection, ou au vote d'une loi, ou même d'interroger le Sénat (le Parlement). Le dispositif législatif est ainsi bloqué à sa source même.

Pensez-vous que j'affabule ? Consultez vos livres d'histoire et vous serez frappés par la bijection (vous m'excuserez ce terme mathématique) qui existe entre la Plèbe Romaine et la Plèbe Libanaise !

Mais, me diriez-vous, que fait le Général dans tout cela ? Figurez-vous que la Plèbe de Rome avait aussi ses Dictateurs. Michel Aoun n'a donc aucune raison de s'inquiéter. Au Liban, le poste est toujours vacant !

Wednesday, January 10, 2007
















Mahatma Hassan et Bapu Michel

Afin de trouver une justification au fiasco retentissant de leur "équipée sauvage" dans le centre-ville, Hassan Nasrallah et Michel Aoun sont prêts à vous servir la plus folle des élucubrations avec l'audace des effrontés qui n'ont plus de front pour rougir.

En effet, Mahatma Hassan et Bapu Michel sont partis bien loin chercher leurs références afin de ressusciter leur mouvement moribond et lancer leur Satyagraha devant le ministère de Finances.

Je vous interdis formellement d'en rire: car nos deux Révoltés Suprêmes ont décidé d'un commun accord d'arracher, l'un son turban, l'autre ses étoiles de Général, pour se draper chacun d'un dhotî et annoncer subitement (lire le communiqué officiel de l'opposition) leur conversion au Ghandisme. Fichtre, la belle trouvaille !

Désormais, rien ne devra plus nous étonner, y compris une adaptation à la libanaise des principes fondamentaux de L'Ahimsa, fameux concept religieux qui prône la non-violence et le respect de toute "vie animale multicellulaire".

Nous osons à peine imaginer les conséquences du tournant vertigineux qu'ils sont en train de prendre. En sont-ils conscients au moins ? l'Ahimsa, qui est le cœur de l'hindouisme, implique « le fait de ne causer de dommage à personne » et de « prôner la paix envers tout être sensible ».

C'est exactement le contraire qu'ils sont en train de faire subir au Liban et aux Libanais depuis plus d'un mois. L'hindouisme n'est pas connu pour provoquer l'amnésie ou inciter au mensonge, mais nos deux "libérateurs" ont manifestement déjà oublié les effets de leur équipée dévastatrice au centre-ville où aucun commerce n'a fermé, aucun bâtiment n'a été graffité et aucun coin de verdure n'a été détruit !

Prenons-les au mot dans l'attente d'une nouvelle conversion !

Friday, January 5, 2007



















Extrait d'une lettre d'Ernest Renan à Berthelot

Beyrouth, le 9 novembre 1860

Mon cher ami,

"Si vous voulez voir une nature dont rien ne peut égaler le charme, une mer admirable, un ciel incomparable, des montagnes les plus belles du monde, une race hideuse au milieu de laquelle émergent des types délicieux, une société arrivée au dernier degré de désorganisation où l'on puisse descendre avant d'atteindre l'état sauvage, venez ici..."

Thursday, January 4, 2007













Les Libanais et le devin charlatan


Un vent de panique souffle sur le Liban ! Le danger ne vient pas cette fois d'Israël ni de la Syrie et encore moins du Hezbollah. Pourtant, les Libanais qui vivent leurs phobies au jour le jour ont de grandes et réelles raisons de s'inquiéter de l'ennemi héréditaire, du frère ennemi et du parti qui charge quotidiennement ses batteries auprès d'Allah, devenu son objet fétiche et sa propriété exclusive.

Non, cette fois le souffle est divinatoire ! Il provient d'un personnage qui a toutes les allures du tout-venant, la candeur de l'imbécile heureux et la malice péremptoire des charlatans.

Michel Hayek vient une nouvelle fois de frapper, semant la panique dans les esprits des simples citoyens (excusez cette contrevérité dans le pays du confessionnalisme), mais aussi et surtout parmi nos éminents politiques depuis longtemps aguerris aux pratiques fratricides.

Fermement convaincu de ses capacités mantiques, le charlatan s'est délecté à livrer, comme il le fait à l'aube de chaque nouvelle année, une énumération détaillée des catastrophes qui viendront s'abattre sur le Liban.

Les Libanais, accoutumés depuis longtemps au malheur, n'opposent plus aucune résistance. Comme chaque année, ils sont fidèles au rendez-vous et s'attroupent par milliers devant leurs postes de télévision pour écouter avec la même crédulité le devin égrener ses inepties face à un présentateur médusé qui ose à peine demander le droit de respirer.

Le délire a atteint cette année des sommets inégalés y compris et surtout au sein des institutions: Les députés menacés ont trouvé des raisons supplémentaires de se cloisonner chez eux, le Palais de Justice a renforcé les mesures de sécurité pour protéger les juges en vue, des avocats ont abandonné leurs plaidoiries pour commenter les prédictions, la presse a consacré des pages entières aux plus infimes détails livrés par le devin… Même le soi-disant sauveur du Liban, éperdument féru de laïcité, le Généralissime Michel Aoun lui a réservé une place de choix sur son site badigeonné d'orange.

Vous avez beau chercher une once de critique face cet étalage, une seule question, le moindre scepticisme, vous ne trouverez qu'une soumission servile et quasi unanime devant les dictats du charlatan.

Libanais,

Ne protestez pas et surtout ne vous précipitez pas sur vos téléphones pour inonder le standard de la LBC de vos messages de révolte demandant l'arrêt, une fois pour toutes, de cette orchestration criminelle de la panique collective. Restez calfeutrés chez vous et guettez docilement les foudres de l'oracle.

Alea jacta est !