Monday, February 26, 2007
















Adieu le flamboyant !

Tu as décidé de "suspendre" la folie de Beyrouth pour aller célébrer à Londres la folie d'une amitié terrassée par la tragédie … Fallait-il pour te venger, Joseph, commettre l'ultime folie et traverser le miroir ?

Et ta flamboyance, y as-tu pensé ? Il me faisait plaisir de te lire quotidiennement comme il me faisait plaisir de lire ton ami Hazem ferrailler avec le même brio contre ta "logique".

Du choc de vos deux "logiques" jaillissaient des étincelles qui rendaient aux évènements leur clarté et à la culture sa valeur. Quel régal pour l'esprit et quel festin pour l'intelligence ?

Est-ce aussi ton ultime vengeance de nous abandonner ainsi aux médiocres et aux besogneux ?

Tu es impardonnable, mais nous de ta perte, nous sommes inconsolables !

Lacrimosa dies illa !

Saturday, February 24, 2007













En douce et sur la pointe des pieds …

Il n'y est pas encore, mais presque. Il le dit sans vraiment le dire. Michel reconnaît enfin que la Présidence est "derrière lui". Cela s'appelle une litote ! Elle lui permet de se retirer doucement et sur la pointe des pieds vers les rivages pénibles de la résignation. Adieu veau, vache, cochon… Le pot au lait est cassé. Il l'était depuis longtemps, mais il fallait bien qu'un jour, le principal intéressé le reconnaisse. On ne renonce pas facilement et sans regret à un rêve qui vous taraude depuis si longtemps.

Vous m'excuserez de travestir Michel en Laitière, mais il est difficile de ne pas avoir une pensée émue pour Jean de La Fontaine qui avait admirablement bien ciselé le cas des "sages" et des "fous" qui rêvent de leurs "châteaux en Espagne" :

Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous,
Autant les sages que les fous ?

Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;
Je m'écarte, je vais détrôner le Sophi ;
On m'élit roi, mon peuple m'aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;
Je suis gros Jean comme devant.

N'allez surtout pas fondre en larmes ! Le Général possède encore une grande capacité de nuisance. En annonçant la dissipation de son rêve, non seulement il prend soin de couvrir son retrait sous un écran de fumée qu'il appelle "l'intérêt du Liban", mais il maintient intacte sa détermination à saper les fondements du "gouvernement illégitime". Lire ici le texte intégral de son interview à Lebanon Files.

Soyons toutefois magnanimes et reconnaissons lui "sa part du gâteau". C'est malheureusement le lourd tribut à payer dans un pays où la règle consiste pour chaque partie à mettre l'Etat en lambeaux afin d'arracher le morceau qui "lui revient".

Jusque-là et en dépit de ses frasques et de sa folle équipée, Michel représentait un obstacle facile à diluer. C'est d'autant plus vrai lorsque l'on pense au véritable nœud gordien: comment amener Hassan à renoncer à ses "châteaux divins" et à rejoindre le bercail libanais, mais cela est une autre paire de manches !

Tuesday, February 20, 2007














L'art d'avaler les couleuvres

Je ne sais pas s'il existe un art pour avaler les couleuvres, mais la consommation de ces reptiles est fortement recommandée pour celui qui veut accéder au pouvoir ou jouer au courtisan. Cela suppose, en langage courant, être disposé à subir tous les affronts et toutes les vexations sans broncher.

Parmi nos "acteurs" locaux, nous disposons d'un avaleur patenté, car non seulement il passe son temps à en ingurgiter, mais en plus il s'en délecte et le fait savoir. Il s'agit, bien entendu, de notre "conscience nationale", Salim Al-Hoss dont je vais vous raconter sa magnifique "dernière".

Notre valeureux bonhomme a donc pris son bâton de pèlerin et s'est rendu en Arabie Saoudite prendre la bénédiction de Messire Abdallah avant d'aller à Canossa (alias Damas) faire acte de soumission devant son ami Bachar.

Le jeune dictateur l'accueillit chaleureusement dans son "palais du peuple" et l'installa à sa droite en signe d'estime (dixit Al-Akhbar). Voici la conversation qu'ils ont eue, telle qu'on peut aisément l'imaginer:

Salim: avec l'immense respect que je vous dois, je voudrais vous rapporter, votre honneur, ce que les mauvaises langues à Riyad et à Beyrouth racontent à votre sujet.

Bachar: Parlez sans crainte, cher ami, vous n'êtes pas sans savoir l'immense estime que je vous porte ainsi qu'à votre action pour défendre mon régime contre ses détracteurs.

Salim, ravi, se plie en courbettes et dit: d'aucuns prétendent que vous vous opposez au tribunal international. Croyez-moi, je ne fais que rapporter…

Bashar: écoutez-moi, je vais vous faire une confidence. Je puis vous affirmer solennellement que l'idée de m'y opposer ne m'a jamais effleuré l'esprit ! Je dirais même plus, je suis prêt à accepter tout ce que les Libanais décident entre eux à ce sujet et je vous autorise à le répéter en mon nom !

Salim ne croyait pas ses oreilles et, comblé de joie, il attrapa la couleuvre au vol et s'empressa de l'avaler. Après avoir tout digéré, il se caressa le ventre de rassasiement, remercia son illustre hôte et prit congé.

De retour à Beyrouth, il convoqua les journalistes et leur relata dans le menu son extraordinaire aventure. Cette histoire est authentique ! Consultez votre journal favori, vous y trouverez tous les détails. Mais elle est loin d'être terminée, car aux dires de la presse, Salim envisage une troisième étape qui le conduira à Téhéran.

Avec un peu de chance, il se verra peut-être offrir un petit boa !

Sunday, February 18, 2007



















L'amour fusionnel d'AhmadiNejad

Ou le drame des liaisons "covalentes"


Le Liban est un pays "unique en son genre" ! C'est ce que prétendent les Libanais, tous les Libanais ou presque. Admettons ! puisqu'il est difficile de ne pas admettre que son tissu communautaire lui confère une certaine singularité. Mais au-delà de cette singularité discutable et peut-être à cause d'elle, Le Liban se particularise vraiment par l'attraction qu'il a toujours exercée sur ses voisins proches ou lointains.

Cette attraction opère dans les deux sens. Les communautés libanaises n'ont jamais été avares en coquetterie pour attirer les chalands et les soupirants potentiels n'attendaient qu'un signe pour se mettre en branle. Ces jeux de séduction ont fini par donner lieu à une multitude de liaisons "covalentes" (ainsi disent les chimistes) ou, si vous préférez, à des liaisons organiques indéfectibles.

Du temps de feu le tyran Hafez El-Assad et avant l'avènement de son illustre rejeton, les Libanais se faisaient rappeler périodiquement qu'ils formaient avec les Syriens un même peuple que le colonialisme a réparti sur deux pays. Ils avaient beau protester, mais rien n'y faisait: la Syrie leur rétorquait toujours qu'elle tenait (elle tient toujours) au Liban comme à la prunelle de ses yeux !

Vous avez tous subi, peu ou prou, cet amour unilatéral et forcé et vous avez eu la fébrilité d'expérimenter une "carte du tendre" transformée au fil des années en "jardin des supplices" patiemment modelé par le soupirant voisin dont les assauts sont très vite devenus dévastateurs.

Ce petit rappel n'est pas innocent ! il était nécessaire pour vous mettre en garde: un soupirant encore plus féroce vient de faire sa déclaration d'amour et semble être aussi "organique" que son frère. Il a fait cette déclaration spectaculaire après des mois de timides approches et en choisissant bien son moment. Il se préparait, en effet à accueillir chez lui le premier soupirant qui fait office d'allié et d'adversaire à la fois.

C'est du Labiche revu et corrigé par les deux grands Casanova de l'amour organique: Bashar El-Assad et Mahmoud AhmadiNejad.

Que dit AhmadiNejad ? vous pouvez lire ici l'intégralité de sa déclaration, mais je me hâte de vous en livrer le passage croustillant: "L'Iran et le Liban forment un seul corps, mais malheureusement le Liban est actuellement l'organe blessé de ce corps" et "il est du devoir de l'Iran de se porter à son secours dans les moments difficiles".

C'est beau et poignant à la fois ! "un corps unique", dit-il. Cette flamme subite est la marque d'un amour non seulement organique, mais "fusionnel".

Je n'ose même pas imaginer ce qui attend le Liban et les Libanais. Nous venons à peine de chasser le premier soupirant sans réussir à nous en débarrasser complètement, voilà que son frère débarque et prétend habiter notre corps !

Le Liban est vraiment unique en son genre parce qu'il possède un don inné pour attirer des soupirants dont il n'arrivera plus jamais à s'en défaire !

Thursday, February 15, 2007















Le désarroi des Maronites
Ou l'énigme des allégeances antagonistes


Pourquoi Michel Aoun a choisi de s'allier aux chiites et pourquoi Samir Geagea a plutôt préféré les sunnites contribuant ainsi tous les deux à écarteler leur communauté entre deux allégeances antagonistes et à accentuer davantage la "marginalisation" dont elle n'a cessé de se plaindre ?

D'un point de vue historique, il est indéniable que la situation est totalement inédite ! il y a bien eu des alliances fortes par le passé, mais jamais la communauté n'a connu une dichotomie pareille. Durant la période "faste" qui s'étend l'indépendance jusqu'aux années 70, les maronites avaient joui d'une "hégémonie" (instrumentalisée par la Constitution et par le Pacte National) qui leur a notamment permis de définir à loisir leurs alliances en fonction des exigences du moment.

Avec l'accord de Taëf, le centre de gravité de l'attelage maronito-sunnite s'est déplacé et le sunnisme "conquérant" de Rafic Hariri n'a fait qu'accentuer le déséquilibre. Si l'on rajoute la "marginalisation" systématique par la Syrie (sauf pour sélectionner des agents à sa botte), on comprend mieux le désarroi "ontologique" dans lequel la communauté est plongée !

Les maronites ont mis longtemps à digérer leur nouvelle situation et les tentatives désespérées du patriarche pour mettre un peu d'ordre dans les rangs de sa communauté et lui redonner un peu de tonus, sont restées à ce jour sans effet.

Cette communauté "spécialisée" depuis l'indépendance dans le souverainisme (selon la belle formule d'Ahmad Beydoun) se désespérait d'attendre que les autres communautés la rejoignent dans sa lutte séculaire pour un Liban affranchi de toute tutelle "arabe". Aussi, le balbutiement druze dans cette direction en 2000, le retrait des troupes syriennes en 2005 et le basculement spectaculaire des sunnites après l'assassinat de leur héros ont eu l'effet salvateur tant attendu qui s'est traduit par une "réunion" non moins spectaculaire des trois communautés dans la "Révolution du Cèdre".

Ceci explique largement le choix "naturel" de Samir Geagea qui peut faire valoir à juste titre la cohérence de sa démarche, voire de sa stratégie. Son argument est simple: Ce sont les druzes et les sunnites qui se sont ralliés au souverainisme. Il était donc tout à fait logique de s'en réjouir et de les accueillir à bras ouverts dans la lutte pour un Liban indépendant.

Mais alors, quelle est la stratégie de Michel Aoun ? Son rêve fou de conquérir la Présidence et son "combat de coqs" avec son frère ennemi pour le leadership de la communauté, peuvent-ils justifier son alliance "contre nature" avec le Hezbollah ?

Pour "habiller" les obsessions compulsives du Général, les "penseurs" du mouvement se sont trouvé contraints d'inventer une contre stratégie. Celle-ci est simple puisqu'elle tient en deux mots: la renaissance du chiisme et sa montée en puissance inexorable mettent le sunnisme sur la défensive, voire sur le déclin. Notre cheval de bataille gagnant est tout désigné. C'est beau comme l'antique n'est-ce pas ?

N'en déplaise à Saint Maron et au patriarche, la dichotomie est donc en marche et les surprises sont à venir !

Wednesday, February 14, 2007

















Un Dictateur aux Abois
La sauvagerie comme ultime recours


Foin des enquêtes et des preuves ! Au diable les déclarations outrées et les commisérations entortillées ! En un mot comme en plusieurs, un régime et un seul est à l'index, c'est celui d'un dictateur aux abois qui voit l'étau se resserrer autour de son cou et qui ne trouve d'autre moyen que la barbarie brute comme échappatoire.

Toutes les supputations sur l'auteur, les mobiles, les messages et autres considérations judiciaires ne sont que niaiseries et platitudes. Les vies fauchées par l'explosion des bus de Aïn Alak sont indubitablement de la responsabilité de la machine infernale "fraternelle" qui s'emploie depuis des décennies à broyer le Liban et les Libanais afin de mieux asseoir ou de restaurer sa domination.

À la veille de l'attentat, la presse libanaise annonçait avec une belle unanimité une "éclaircie" toute proche née d'un compromis entre l'Iran et l'Arabie Saoudite, encouragé par les Etats-Unis et la France. L'expédition soudaine de Amr Moussa à Damas n'était, selon cette même presse, qu'une formalité destinée à faire "avaler" ce compromis à la Syrie.

Cela était parfaitement compréhensible de la part des "spécialistes" de l'analyse politique qui s'accrochent à la moindre bribe d'espoir pour transformer leurs chimères en réalité. Et pourtant, Il faut réellement être frappé d'une rare cécité politique pour croire un seul instant à la possibilité d'un compromis avec un régime qui ne cesse de claironner à qui veut bien l'entendre que rien au Liban ne se fera sans une prise en compte de ses conditions.

Ces conditions sont claires. Elles ont été maintes fois exprimées ouvertement et sans détour : le régime syrien ne conçoit le Liban qu'à sa botte. Sans un Liban qui lui soit totalement inféodé, il se voit menacé d'étranglement et à terme, de mort certaine. En cela, il n'a absolument pas tort ! Mais ce qu'il veut aujourd'hui et avant toute chose, c'est d'empêcher la création du tribunal international.

D'où les assassinats et les attentats à répétition, soit pour intimider, ou bien pour faire comprendre à ceux qui s'obstinent à lui dénier son "droit de tutelle" qu'il peut aller loin dans la sauvagerie et l'ignominie pour restaurer ses prérogatives.

L'apprenti dictateur n'avait-il pas annoncé du haut de la tribune de son Parlement fantoche qu'au Liban ce sera " la Syrie, ou le Chaos" ?

Pour ceux qui auraient le moindre doute, l'attentat de Aïn Alak fournit une preuve "éclatante" !

Tuesday, February 13, 2007















Des Femmes Remarquables
De la "sensation d'infini" au "désenchantement"

S'il est une image qui restera à jamais gravée dans notre mémoire collective, c'est bien celle de femmes libanaises, qui, par leur présence massive à la "Révolution du Cèdre", leur ardeur impétueuse et leur pétulance, ont marqué d'une incontestable "magie onirique" le "sursaut" de l'indépendance retrouvée.

Que sont devenues ces femmes remarquables ? Comment jugent-elles leur participation aux évènements qui ont bouleversé le Liban depuis février 2005 ? Enfin, et surtout, comment vivent-elles aujourd'hui le "rêve brisé" d'une grande majorité de Libanais ?

Heuristiques se fait l'écho du témoignage de l'une d'elles, Bélinda :

C'était une "ivresse magistrale, indescriptible, une sensation d'infini. Je ne pense pas avoir jamais aimé le Liban comme ce jour-là", dit aujourd'hui Bélinda en se remémorant les deux mois d'effervescence qui ont suivi l'Assassinat et qui l'ont propulsée dans la rue comme tant d'autres.

"Ensuite, c'était la descente aux enfers avec le chapelet de déceptions qui se sont succédé à ce grand moment et les désillusions distillées comme du venin lent ... mais terriblement efficace". Aujourd'hui, je suis une "désenchantée du 14 mars", c'est-à-dire une personne (parmi tant d'autres) qui a cru, rêvé et oeuvré pour que le Liban soit, devienne et demeure un pays libre de toute tutelle".

"J'avais ma "tenue de lutte" toujours prête à servir : foulard rouge et blanc et drapeau du Liban. Forcer le "barrage" physique de l'armée, un jour où nous étions interdits de manif, a été une victoire que j'ai longtemps savourée ..."

"L'assassinat de Samir Kassir, jour où j'ai pris la ferme décision de ne plus descendre (après l'avoir fait pour lui) pour quiconque dans la rue, allumer des cierges et suivre un cortège funèbre. Je m'étais totalement distanciée de mon rêve qui s'avérait chimère illusoire".

"La mort de Gebran Tuéni a donné le coup de grâce à tout ce qui me restait d'espoir et a sonné le glas de cette aventure qui ne représente plus rien pour moi aujourd'hui".

"Je n'ai plus rien à voir avec la "militante" du "14 mars" pour lequel je n'ai jamais réellement milité; j'ai milité pour les idées nées de la société civile et qui ont malheureusement été récupérées par les politiques, et explosées..."

" Ma lucidité a fini par reprendre le dessus et tout ce qui pourrait advenir ne me surprendrait plus. Le Liban n'est plus ma cause, tout comme je ne crois en aucune cause qui pourrait s'appeler cause libanaise".

"Le Liban aujourd'hui est une terre qui m'héberge, mais sur laquelle je vis désormais en autarcie: rien ne me touche plus que ce qui concerne ma sécurité et surtout mon droit à une vie digne qu'on m'empêcherait d'avoir. Tout le reste n'est que balivernes ! ".

Wednesday, February 7, 2007












La mosaïque des guerres intestines

Deux semaines se sont écoulées et les Libanais continuent de vivre dans la hantise de ce qui s'est passé le jeudi 25 janvier. Ce jour-là, les têtes de l'hydre, maintes fois coupées par le passé, ont repoussé ! Elles ont envahi les boulevards et les avenues, elles se sont faufilées en se multipliant dans les quartiers, les ruelles et les cours d'immeubles.

Le 25 janvier, Beyrouth Ouest a vécu une journée de grande frénésie. C'était aussi une journée de "joie immense" pour une faune de désœuvrés qui attendaient impatiemment à en découdre avec le Chiite, le Sunnite ou le Druze d'en face afin de rééditer les exploits de leurs aînés dont ils connaissent par cœur les histoires "héroïques" et "fabuleuses" vécues dans le "bonheur" de la dernière guerre civile.

Les péripéties de cette folle journée et les témoignages des participants commencent enfin à s'étaler dans la presse. Les barricades spontanées qui ont poussé comme des champignons à chaque coin de rue, le contrôle des papiers d'identité, les questions subtilement formulées pour débusquer un "ennemi" qui chercherait à se dérober … Tout semblait préparé de longue date et ceux qui sont descendus dans la rue savaient parfaitement ce qu'ils avaient à faire et l'exécutaient avec grande minutie.

Cependant, ces nouveaux guerriers ont été confrontés à une difficulté que leurs aînés n'ont pas connue. Il était naguère facile d'établir des "lignes de démarcation" claires entre "zones chrétiennes" et "zones musulmanes". Aujourd'hui, la mosaïque des zones est autrement inextricable et l'ennemi est devenu le Chiite qui habite en face ou le Sunnite voisin de palier.

Reconnaître l'ami de l'ennemi dans cette mêlée relève de l'énigme indéchiffrable. Ainsi, un sunnite qui a le malheur de s'appeler Hassan et qui s'aventurerait dans la mêlée sans sa carte d'identité aura très peu de chances d'échapper à un filet druze ou sunnite.

Pour conjurer ces nouvelles guerres intestines, il ne sert à rien aux Libanais d'invoquer les dieux, de se prosterner en prière ou de caresser les talismans.

En s'abandonnant avec délectation à l'envoûtement des "complots" réels ou imaginaires et en lâchant la bride à la "bête immonde", nos glorieux chefs communautaires ont revêtu leur harnais de prince de guerre et sonné l'hallali pour conduire une nouvelle fois et dans une exaltation morbide les Libanais à l'abattoir.

Monday, February 5, 2007












Nabih Berri
La marionnette désarticulée

La clique politique libanaise a toujours reconnu à Nabih Berri sa capacité à négocier les grands virages et à en sortir toujours indemne. Opportuniste parmi les opportunistes, il a souvent réussi à tirer son épingle du jeu.

Sous le régime de tutelle, il a constitué le rouage "institutionnel" indispensable pour faciliter le passage, en lois et en décrets, des dictats syriens. Après le retrait des troupes syriennes, il s'est évertué à se tailler un rôle qui le distingue un tant soit peu de son puissant binôme chiite bien que sachant parfaitement qu'à la moindre incartade en dehors de la solidarité communautaire, le Hezbollah risque tout simplement de le digérer.

Sur l'essentiel, il se tient donc coi et se contente de quelques gesticulations ridicules qui n'impressionnent plus personne pour se prouver à lui-même et pour convaincre les autres qu'il dispose d'une petite marge de manœuvre lui permettant d'échapper au contrôle vigilant de Nasrallah.

Dans ses relations avec la Syrie, il souffre d'un handicap encore plus contraignant. S'étant compromis jusqu'à la moelle avec le parrain protecteur, il n'est que trop conscient du prix à payer en cas d'incartade. Il connaît par cœur et mieux que quiconque les basses œuvres du "pays frère" pour ne pas être tenté de se présenter en candidat spontané qui viendrait rallonger la liste des "martyrs" qui parsèment le chemin de la relation "fraternelle" avec Damas.

Si par miracle, il réussit parfois à échapper au contrôle et du Hezbollah et de la Syrie, ce sont les foudres du Guide de la révolution iranienne, en personne, qui s'abattent sur lui. Tout le monde se rappelle sa volte-face spectaculaire à Téhéran où, en l'espace de quelques heures, le Gouvernement Siniora s'est métamorphosé comme par magie de "gouvernement de résistance politique" en "gouvernement illégitime".

A l'autre bout de l'échiquier, la coalition dite du 14 mars continue à le cajoler dans l'espoir vain et puéril de le voir, dans un sursaut inespéré d'autonomie, se plier à ses exigences et convoquer le parlement dont il tient les portes hermétiquement closes. Hélas, une marionnette ne peut se mouvoir que par l'action des ficelles qui la tirent.

La Syrie ne veut pas d'un tribunal international. Le Hezbollah ne veut pas qu'on touche à ses armes. L'Iran ne veut pas se priver de ses atouts libanais. Au pied, Nabih Berri ! Et Nabih Berri s'exécute. C'est limpide, non !

Le pauvre "Président du Parlement" offre aujourd'hui le spectacle tragi-comique d'une marionnette désarticulée, incapable d'exécuter les jongleries les plus simples et généralement à la portée d'un clown de cirque Débutant.

Saturday, February 3, 2007













Ad-Daghih alias Ad-Darih
Le sanctuaire inviolable des 14marsistes


Qu'ils dégringolent des hauteurs d'Achrafieh ou qu'ils arrivent après une longue promenade des quartiers populeux de Beyrouth Ouest, les fervents du mouvement dit du 14 mars affluent par grappes entières vers un point de convergence unique: le mausolée de Rafic Hariri. Cela remonte à 2005, au lendemain de l'assassinat qui continue, deux ans après, à agiter le Liban et les chancelleries occidentales.

Pour les uns, la visite du Daghih (le R grasseyé est une question d'étiquette pour un habitant d'Achrafieh qui se respecte) était un rendez-vous obligé pour rendre hommage au "héros" sunnite qui par sa mort atroce a fait basculer toute une communauté vers la "libanité" et l'a fait ainsi rejoindre les maronites et les chrétiens en général dans leur lutte interminable pour un Liban affranchi de la tutelle syrienne.

Pour les autres, majoritairement sunnites, Ad-Darih (le R roulé est ici de mise) est tout simplement un sanctuaire. Ils y venaient pour réciter "Al-Fatiha", verser s'ils le peuvent quelques larmes et se lamenter sur une mort qui a laissé l'ensemble de leur communauté orpheline d'un chef qu'elle a quasi unanimement adoré.

Dans un pays dont les différentes communautés se nourrissent de symboles et en inventent quotidiennement de nouveaux pour défendre la cause du moment, Rafic Hariri, qu'il ait été personnellement adulé ou honni de son vivant, est devenu après sa mort un symbole d'une catégorie supérieure puisqu'il se trouve à l'intersection d'un rêve commun et d'une variété de chimères transversales.

Beaucoup d'autres "martyrs" sont tombés depuis. Ils sont venus rejoindre le panthéon érigé par le mouvement du 14 mars à la gloire d'une lutte qui peine à garder sa cohésion face aux assauts répétés d'un régime aux abois dont la survie dépend largement du soutien quasi inconditionnel qui lui est prodigué par son puissant allié libanais et par le parrain lointain de ce dernier.

Quoi qu'il en soit, les foules autour du sanctuaire se sont depuis longtemps éparpillées et les larmes sont devenues de plus en plus rares. Le lieu n'a pas perdu pour autant son caractère inviolable. Une barrière invisible le protège contre les actes "blasphématoires". Aujourd'hui, un drame se profile à l'horizon :

L'anniversaire de l'assassinat approche à grands pas et le sanctuaire occupe la place qui accueille habituellement les rites et les cérémonies des 14marsites. Or, à quelques pas, les 8marsistes tiennent le pavé et s'y enracinent.

Une course contre la montre s'est engagée pour empêcher une collision frontale généralisée et maintes fois évitée, entre tenants du 8 et adeptes du 14. Dans ce suspense "insoutenable", Hassan Nasrallah souhaite l'accalmie sans s'y engager vraiment. Le Général continue à ruer dans les brancards. La Syrie trépigne. L'Iran hésite. L'Arabie Saoudite n'arrête pas de jouer les pompiers sans vraiment y parvenir !

Les Libanais, quant à eux, se morfondent dans une attente anxieuse.

Thursday, February 1, 2007











Le Triangle Scalène
Ou les mésententes d'un "ménage à trois"

Les petites mésententes au sein du "ménage à trois" favori des Libanais commencent à s'étaler au grand jour. La figure harmonieuse que l'Iran, la Syrie et le Hezbollah cherchaient à projeter aux yeux de leurs partisans est en train de se transformer en un triangle scalène (du grec skalenos : boiteux, inégal, déséquilibré, oblique...). En voici les prémices:

• L'Iran, qui cherche à protéger ses arrières (arabes) contre une frappe américaine éventuelle, voudrait "calmer le jeu" sur la scène libanaise. C'est le but des tractations en cours avec l'Arabie Saoudite en vue d'un compromis sur le problème épineux du tribunal international.

• La Syrie, aux abois, refuse catégoriquement et par principe ce tribunal. Son instigation directe (et non celle de l'Iran) dans la récente flambée des passions au Liban est évidente. Elle cherche par tous les moyens à empêcher la création du fameux tribunal ou de le mettre à la merci du "tiers de blocage" (tiers+1) réclamé par le Hezbollah pour sa participation au gouvernement.

• Sur le front intérieur, le Hezbollah est dans l'impasse la plus totale. Sa politique du bord du gouffre, le fiasco retentissant de son mouvement, sa valse-hésitation entre accalmie et escalade, les signes contradictoires sur son acceptation et son refus du tribunal, son approbation de Paris III et la récente escalade pour le faire échouer prouvent de la manière la plus éclatante qu'il n'est pas maître de sa décision qui reste tributaire des tractations régionales.

l'Iran qui tente de jouer l'équilibriste et qui n'arrive pas à déterminer avec précision où réside son intérêt se trouve face à un dilemme: Comment "couvrir" le Hezbollah pour qu'il aille de l'avant dans l'approbation du tribunal sans mécontenter la Syrie qui reste pour lui une carte précieuse dans sa confrontation avec les Etats-Unis ?

Pousser le Hezbollah vers la guerre civile n'est sûrement pas la politique de l'Iran qui ne veut pas perdre un "investissement" de plus de 25 ans. La main déstabilisante de la Syrie est de ce fait absolument évidente.

Dans un "ménage à trois" consenti, l'un des trois finit, tôt ou tard, par endosser le rôle du cocu. A vous de choisir ou d'attendre la suite du psychodrame !

Et le Général ? j'ai failli oublier le pauvre Général. N'ai-je pas déjà dit qu'il était le dindon de la farce ? Alors, à quoi bon répéter une lapalissade ?