Friday, December 28, 2007














L'immaculée conception de Nabih

"Il est la vraie mère de l’Enfant de la crèche au Liban, et seul lui peut le sauver des nouveaux Judas". Ainsi le veut la bulle fulminée par Hassan Al-Masri, un âne bâté qui végétait dans la mangeoire d'Amal et qui a eu la folle outrecuidance de s'attaquer au dogme fondamental des Chrétiens sous le prétexte fallacieux de défendre la "virginité" bafouée de Nabih Berri.

Exit Marie et place à la "maternité divine" de Nabih le bienheureux !

Doit-on s'en étonner ? Non. Doit-on s'en offusquer ? Non plus ! Le dogme de l'immaculée conception avait besoin d'être dépoussiéré pour qu'il réponde aux nouvelles réalités libanaises. Bien entendu, il était hors de question d'en confier la tâche aux Chrétiens eux-mêmes. S'ils ont été incapables de s'accorder sur le choix d'un Président, comment diable pourraient-ils s'entendre sur une question aussi byzantine que celle de la virginité de Nabih !

Exit les Chrétiens aussi. Partagés comme ils sont entre sunnites et chiites, ils ne peuvent plus avoir voix au chapitre.

Que faire alors ? La question est trop sensible pour qu'elle soit confiée au premier venu. Il fallait donc une autorité exempte de toute souillure morale pour revisiter le dogme, une autorité si exemplaire qu'il ne viendrait à l'esprit de personne d'en contester la probité. Les Sunnites sont trop épris par leur narguilé pour qu'ils puissent s'atteler à la lourde besogne. Seuls des gens qui ont acquis une certaine familiarité avec le divin sont capables de le faire.

Hassan Nasrallah, qui jouit d'une connexion exclusive et permanente avec Allah, aurait pu faire l'affaire, mais il est trop occupé à cuver dans son bunker les retombées de sa "victoire divine". Quid de Nabih Berri ? Il ne pouvait quand même pas statuer lui-même sur sa maternité divine et puis, son amour-propre est trop enflé pour qu'il intervienne lui-même sur le sujet.

Il ne restait plus qu'à confier la tâche à un obscur inconnu qui s'encroûtait dans la crèche d'Amal !

Mère de toute Grâce et de toute Joie
Je te salue Vierge Nabih, sainte Mère du Ciel.
Mère du Christ vivant et ressuscité,
Prie pour nous devant nos divisions
Sois avec nous quand s'ouvriront
pour toujours les portes du Parlement.

Saturday, December 15, 2007














Au secours ! la Syrie revient

La Syrie peut désormais bomber le torse et se gausser avec ostentation et mépris de ses adversaires petits ou grands. La dictature qui se battait, il y a peu, pour sa survie peut maintenant braver le monde et se targuer non sans fierté d'avoir réussi à briser l'étau qui menaçait un moment de l'étouffer.

Finies les insultes revanchardes et les allusions sibyllines, la Syrie se sent d'ores et déjà assez confiante pour dicter ses conditions et obtenir gain de cause. Et comment ne le serait-elle pas quand elle ne voit en face qu'une volonté de conciliation encouragée par un laxisme arabe légendaire ou servie par une idiotie criminelle française et une léthargie américaine !

C'est pourquoi Farouk El-Chareh n'a plus aucune raison de se tapir dans l'ombre. Il peut maintenant tenir salon pour saluer les performances des "amis de la Syrie" (avec en tête un Général défroqué dont le front dégarni a depuis longtemps cessé de rougir) et pour fixer la feuille de route des mois à venir. Les "amis" en question savent désormais à quoi s'en tenir et pour faire bonne mesure, ils envoient le gogo Michel Aoun au charbon en remplacement de la marionnette Berri devenue par trop désarticulée.

Mais la Syrie ne se contente pas de cela. Le hachoir portant le sceau de la dynastie Assad est toujours disponible et prompt à fonctionner en un clin d'œil. Il n'a jamais été aussi efficace pour vaincre les réticences et venir à bout des volontés les plus farouches.

En vient-on à suggérer le nom de François El-Hajj comme futur chef de l'Armée, un coup de sifflet suffit et la basse-cour syrienne se met tout de suite en branle pour conduire la voiture piégée la plus proche afin de faucher le maître d'œuvre qui a réussi à mettre en miettes la machination syrienne à Nahr-el-Bared.

Par la même occasion, la Syrie signifie aux Libanais qui commençaient naïvement à croire à leur indépendance (quelle insolence!) qu'il lui revient à elle et à elle seule de désigner le chef de l'Armée. Nul besoin de prévenir, il faut "guérir" tout de suite.

Le Général Sleimane devra comprendre à son tour qu'il ne sera toléré que s'il montre patte blanche à ceux qui l'ont jadis installé à son poste et surtout qu'il ne s'avise pas trop de jouer à l'équilibriste et de prêter l'oreille aux sirènes indépendantistes. Le hachoir est toujours prêt à servir. La liste est déjà trop longue et elle peut se rallonger encore !

Les boy-scouts du 14 mars, qui ne veulent toujours pas admettre leur défaite, doivent se mettre définitivement dans la tête qu'il ne leur reste plus qu'à signer une reddition sans conditions.

Après le dixième assassinat, ils ont peut-être commencé à comprendre. Les dénonciations fulgurantes d'hier se sont subitement transformées en chuchotements, car les vaincus finissent toujours par transformer leurs cris en chuchotements (Ingmar dixit !).

Sunday, December 9, 2007


















Les volte-face du "pin-up" boy

Lorsque Walid Joumblatt confia en mars 2005 au Washington Post qu'il avait viré sa cuti et décidé de soutenir la politique américaine, les néo-conservateurs ont eu un "orgasme collectif". Du jour au lendemain, le chef druze devint la coqueluche des néo-cons qui s'empressèrent de fixer (pin-up) sa photo de clown aux yeux tristes sur les murs de leurs bureaux.

Pour le chef d'une secte, qui se compte à peine par quelques centaines de milliers, l'opportunisme est synonyme de survie. Aussi, ses subites volte-face obéissent à des impératifs de nécessité plutôt qu'à des lubies saisonnières.

Si en 2005, il avait décidé de chevaucher la vague néo-conservatrice qui déferlait sur la région, il était fermement convaincu que la dictature syrienne allait tôt ou tard rejoindre le sort de la dictature irakienne dont l'ogre américain n'avait fait qu'une bouchée. Il n'y avait donc pas lieu de se mettre en travers du "chemin des éléphants".

La "révolution du Cèdre" battait son plein et venait de recevoir le soutien solennel et appuyé des principales puissances occidentales qui s'étaient mobilisées avec une rare unanimité pour chasser du Liban l'occupant syrien accusé par la vindicte populaire de l'assassinat de Rafic Hariri. Walid Joumblatt, qui aurait retourné sa veste pour beaucoup moins, avait trouvé l'occasion trop belle pour faire la fine bouche.

Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis. La "révolution du Cèdre" s'était éteinte avant même que ses protagonistes ne s'en rendent compte et la Syrie entamait la lente reconquête du terrain perdu. Il fallait juste laisser du temps au temps et attendre le reflux de la vague. Bien sûr, quelques assassinats par-ci par-là étaient toujours "utiles" pour signaler à l'adversaire que l’on est toujours disposé à combattre et qu’il est, peut-être, plus raisonnable de négocier.

Les déboires américains en Irak, la "victoire divine" en 2006 et la prise de la bande Gaza par Hamas se sont conjugués pour rétablir l'équilibre des forces et il ne restait plus qu'à attendre patiemment pour cueillir les fruits du "bon travail" accompli.

Comme toujours, Walid Joumblatt a été le premier à flairer le reflux. Pour ne pas prendre trop de risques, il fallait juste une petite visite à Washington pour s'assurer que ses craintes n'étaient pas infondées. Il n'a pas tardé à se rendre compte qu'effectivement le "cœur n'y était plus".

Il fallait négocier le virage, mais Walid Bey est capable de toutes les voltiges. N'était-il pas allé embrasser l'assassin de son père à Damas car la "realpolitik" de l'époque l'exigeait ? Les diatribes contre la Syrie et contre le Hezbollah pouvaient donc cesser comme par enchantement. La solution "consensuelle" était fin prête.

Souriez, vous êtes au Liban !

Saturday, December 8, 2007













Le dindon de la farce


Les jeux sont faits et l'heure des premiers bilans a sonné. La palme d'or revient incontestablement à la dictature syrienne qui a réussi une nouvelle fois à force d'assassinats et d'intimidations à s'imposer comme "partenaire incontournable" de toute solution même temporaire de la crise libanaise.

Vingt-six ans après l'assassinat de Louis Delamare, le régime syrien peut s'enorgueillir d'avoir prouvé avec une rigueur mathématique que le terrorisme d'Etat était une méthode infaillible capable de faire plier tous ses adversaires réunis et de les amener tôt ou tard à montrer patte blanche. La performance est spectaculaire si l'on se rappelle le départ sous les huées des troupes syriennes du Liban.

Deuxième grand vainqueur, le Hezbollah qui rafle haut la main le prix d'excellence. Pour ce qui est de l'efficacité, il n'a rien à envier à son allié syrien. Il a tout autant que lui réussi avec brio à saper les institutions de la république et à imposer ses quatre volontés aussi bien à ses acolytes fantoches qu'à ses adversaires tétanisés.

L'un de ses exploits et non le moindre c'est d'avoir pris en otage la communauté chiite et d'avoir radicalement investi son imaginaire collectif. Ses méthodes totalitaires agrémentées de "promesses sincères" et de victoires "divines" resteront longtemps un exemple à suivre pour tout apprenti fasciste.

Et puis, il y a les perdants au premier rang desquels arrive la "coalition du 14 mars" qui de déboire en reculade a réussi à dilapider petit à petit l'immense capital dont elle a hérité d'une "révolution du cèdre" qu'elle s'est acharnée à transformer en feu de paille. Avec sa cuisante défaite, le sauve-qui-peut est général et les virages à 180° se font sans vergogne.

Voici venu le temps de la lâcheté jubilatoire, de la bassesse œcuménique et de l'ignominie conquérante. Les martyrs passent définitivement à la trappe ainsi que le prosélytisme indépendantiste. Les imposteurs d'hier et d'aujourd'hui s'emploient avec hâte à composer de nouvelles sérénades "consensuelles" pour les faire gober à des Libanais depuis longtemps habitués à voir leurs rêves bafoués et leurs espérances jetées en pâture.

Il y a enfin le dindon de la farce qui ne veut rien admettre et qui s'égosille à répéter inlassablement les mêmes rodomontades. Dans sa quête folle pour accéder au fauteuil présidentiel, il a tout essayé: la volte-face et la compromission, la menace et le chantage, le populisme et l'imposture, mais ses efforts sont restés vains. Humiliation suprême, c'est un Général en exercice ayant servi sous ses ordres qui lui donne aujourd'hui l'estocade finale !

Offrons lui en guise de consolation ces quelques vers célèbres de Carmina Burana composés vers 1250 par des moines défroqués:

Sors salutis
Et virtutis
Michi nunc contraria,
Hac in hora
Sine mora
Corde pulsum tangite;
Quod per sortem
Sternit fortem,
Mecum omnes plangite !