Thursday, April 26, 2007











Naïm Kassem, le rejeton de Torquemada


Parmi les personnages qui font partie de la coterie entourant Hassan Nasrallah, nul n'a mieux réussi comme Naïm Kassem à incarner avec autant de perfection la fatuité voluptueuse et l'insolence méprisante caractéristiques des apparatchiks. Le numéro deux du Hezbollah ne s'encombre jamais de fioritures de style pour vous asséner ses boniments comme des vérités absolues et définitives.

Avant de succomber aux sirènes envoûtantes d'un au-delà spécialement formaté pour mieux servir les desseins de ses maîtres à Qom, il avait suivi des études de chimie. C'est probablement pour cette raison qu'il est passé maître dans l'art des amalgames. Avec lui, le mensonge le plus grossier peut se transformer en pure vérité.

Sûr de son fait, comme peuvent l'être tous les charlatans, il est capable sans ciller de vous annoncer que la terre est plate ou que soleil est carré tout simplement par ce que Téhéran ou Damas en ont décidé ainsi ou bien par ce que le cours des évènements se trouve être parfois en totale contradiction avec les intérêts du Hezbollah.

Il est révolu le temps où nous devions subir presque quotidiennement ses sornettes sur le "véritable" sens du martyre. Privés de leur terrain de jeu favori dans le sud du pays et faute de territoire à libérer, les militants du Hezbollah ne trouvent plus la moindre petite "opération" qui leur permette de rallonger indéfiniment leur martyrologe. Pour tuer le temps, ils s'appliquent méticuleusement à "libérer" le centre ville de ses occupants et à aménager leur camping pour une occupation qu'ils espèrent durable.

De la même manière Cheikh Naïm se trouve obligé temporairement de reléguer ses discours d'endoctrinement au second plan pour mieux s'attaquer à une réinterprétation des textes de la constitution perpétuant ainsi l'œuvre de sape systématique des règles les plus élémentaires de la démocratie parlementaire.

L'enturbanné omniscient est, comme vous le voyez, capable de se métamorphoser en un clin d'œil d'apparatchik en jurisconsulte après avoir longtemps été le vulgarisateur par excellence de la Wilayat El Faqih qui permet à ses mentors iraniens de décider à leur guise de la guerre et de la paix au Liban.

Aujourd'hui, il ajoute une nouvelle corde à son arc en s'investissant dans le rôle de Grand Inquisiteur digne des temps médiévaux. Il met en garde la majorité parlementaire d'élire un Président de la République qui n'aurait pas préalablement reçu l'aval du Hezbollah.

"Si vous procédez à cette élection sans avoir recours à la majorité des deux tiers, nous ne reconnaîtrons pas le Président élu qui sera le vôtre et non celui de tout le pays. Nous le ferons comparaître devant le tribunal pour le juger comme usurpateur de pouvoir et comme traître à la constitution", dit-il.

Thomas de Torquemada, inspirateur et grand chef de l'inquisition espagnole, semait la terreur dans les villes et les campagnes de l'Espagne. Il avait un talent inouï pour persuader ses auditeurs qu'il était le véritable exécutant de la justice divine. Il pouvait tout et prévoyait tout sauf qu'il aura, à quelques siècles de distance, un rejeton digne de perpétuer ses méfaits en terre d'Islam.

Sunday, April 22, 2007















Un deus ex machina qui tarde à venir !

Après plus de deux ans d'effervescence et de convulsions continues, les passions se sont quelque peu assagies. Les Libanais semblent résignés à l'idée qu'ils doivent s'installer durablement dans la crise et commencent à sombrer dans l'apathie typique de ceux dont l'âme a été définitivement brisée par les malheurs.

Leurs chefs communautaires ont beau continuer à proférer leurs invectives et les perroquets à les répéter en écho, ils n'en ont plus cure. Bien sûr, des "spécialistes" en tout genre sont toujours disponibles pour déverser quotidiennement leurs analyses logorrhéiques sur les infimes méandres de la crise et les moyens d'en sortir, mais le "charme" semble définitivement rompu et le désenchantement est total.

Longtemps ils ont rêvé du "tribunal" comme d'un messie qui viendrait rétablir la justice sur une terre engorgée du sang des crimes restés impunis, voire d'une expédition punitive qui déracinerait à la faveur d'un hypothétique "Chapitre Sept" et une fois pour toutes les sources du mal, mais l'attente s'est petit à petit transformée en lassitude, et l'angoisse a fini par supplanter l'espérance.

Pendant un moment, ils ont aussi caressé l'espoir qu'un "dialogue civilisé" entre leurs chefs de clans permettrait de reconstruire un semblant de consensus redistribuant les miettes d'un pouvoir étatique exsangue, mais c'était sans compter avec l'ampleur des phobies et des haines irréductibles.

L'affaire est donc entendue. Les acteurs locaux redécouvrent leur impuissance après avoir innocemment cru que les foules pouvaient, par leur ampleur et par l'intensité de leurs incantations, balayer leurs adversaires. Les vociférations d'un Nasrallah, les invectives d'un Joumblatt, la mine éplorée d'un Hariri, la satisfaction sotte d'un Aoun et la forfanterie d'un Geagea n'impressionnent plus aujourd'hui que leurs proches fidèles.

Les Libanais semblent maintenant boucher les oreilles pour ne plus avoir à entendre ces platitudes nauséabondes. Ils vaquent ailleurs à leurs occupations, un ailleurs de plus en plus lointain et attendent qu'un nouvel épisode de leur histoire chaotique soit une nouvelle fois écrit par les puissances tutélaires.

Les acteurs régionaux, répartis désormais dans deux camps antagonistes, découvrent chaque jour les limites de leur propre impotence. Partagés entre une lutte panislamique éternelle et sans issue, d'un côté, et la tentation d'une reddition palliative à une paix impossible, de l'autre, ces deux camps occupent le terrain en se livrant à des gesticulations oiseuses qui ne servent qu'à remuer du vent.

En dernier recours, il reste la seule véritable grande puissance. Embourbée jusqu'au cou dans un conflit qui tourne au cauchemar par l'accumulation d'erreurs d'une administration d'une rare idiotie, elle est loin de pouvoir imposer ses conditions aux despotismes locaux. Bien au contraire, ces derniers s'en retrouvent ragaillardis et redoublent de véhémence comme pour prouver à posteriori à leurs victimes que leurs politiques criminelles se sont avérées payantes.

Les Grecs anciens avaient recours au subterfuge théâtral d'un deus ex machina pour dénouer les crises les plus inextricables. Depuis ces temps glorieux, les dieux ont cessé d'intervenir dans la vie des hommes.

Les Libanais, de leur côté, ont appris à ne plus croire aux miracles. Et pourtant, ils continuent à espérer l'intervention d'un deus ex machina salvateur. C'est, peut-être, le seul moyen qui leur reste pour conjurer les malheurs à venir.

Monday, April 16, 2007












Euclide, le Hezbollah et l'illusion d'optique

Les Libanais sont empêtrés aujourd'hui dans un problème qui dépasse leur entendement. Confrontés depuis de longs mois à deux visions globales et antagonistes, ils cherchent désespérément une solution qui permette de concilier l'irréconciliable.

Depuis plus de deux ans, ils sont presque involontairement happés dans une logique binaire capable de générer à l'infini des arguments qui finissent par se neutraliser mutuellement non sans avoir été longtemps ânonnés par les tenants des deux camps opposés.

On est donc en présence de deux lignes parallèles que rien ne semble pouvoir réunir. C'est tout à fait logique, puisqu'il est admis depuis Euclide que les parallèles situées dans un même plan et prolongées à l'infini, ne se rencontrent jamais. C'est du moins, ce que les humains qui ont eu la chance d'aller à l'école ont, depuis toujours, appris dans les classes de géométrie.

La solution, par conséquent, consiste à faire croiser ces deux lignes parallèles, même s'il nous faut pour cela défier toute logique et ignorer l'existence même du fameux postulat d'Euclide.

Que faire ?

Aussi étrange que cela puisse paraître, la solution est toute simple. Prenons, à titre d'exemple, le cas du Hezbollah: pour lui le problème des lignes parallèles est d'une grande banalité, voire sans objet. Non qu'il veuille contredire coûte que coûte le fondateur de la Géométrie, il considère tout simplement que son postulat est quelque peu tronqué et qu'il ne reflète qu'une vérité toute relative !

En effet, ce parti qui a été conçu dans les couveuses divines peut tout à loisir affirmer et sans la moindre hésitation que si Allah le voulait, il pourrait faire converger en un seul point toutes les lignes parallèles tracées depuis l'aube de l'humanité.

En cela, rien d'étonnant puisque nous sommes déjà habitués à le voir brandir à tout bout de champ la volonté divine, sans oublier souvent de la confondre avec celle de son mentor Ali Khamenei, afin de clouer le bec à ses détracteurs.

Mais, suivons pour une fois le parti d'Allah dans sa logique en y instillant toutefois une petite rectification. Regardez bien l'illustration ci-dessus et vous serez étonnés de constater que des lignes parfaitement parallèles peuvent parfois donner l'illusion de converger (comparez les 2 à 2 pour vous en assurer). Sauf que pour créer cette illusion d'optique, nous n'avons pas besoin d'instrumentaliser comme lui la puissance divine puisqu'il suffit d'une simple petite astuce (les carrés intercalaires).

De la même manière, il revient au Hezbollah et à lui tout seul d'inventer l'astuce qui lui permette de renoncer à son optique d'un autre âge, de tendre la main aux autres Libanais et de construire avec eux le destin que la géographie impose. Les lignes parallèles n'auront plus alors besoin de se croiser puisqu'elles peuvent tout simplement se superposer par la volonté commune des Libanais.

La couleur orange de l'illustration n'est pas fortuite. Tout ce qui précède s'applique tout aussi bien aux partisans de Michel Aoun. Il leur suffit, eux aussi, de cesser de se précipiter tels des moutons dans le marécage où Hassan Panurge a commencé par entraîner leur chef.

Friday, April 13, 2007















Hassan Nasrallah et la théorie des jeux

La théorie des jeux étudie le comportement des individus face à des situations d’antagonisme et cherche à mettre en évidence des stratégies optimales. On y distingue le cas simple des jeux dits "à somme nulle" : ce que gagne l’un est nécessairement perdu par un autre (les échecs ou le poker, par exemple) du cas complexe des jeux dits à "somme non nulle" où la recherche d'une solution entre deux parties nécessite une négociation.

Dans ce dernier cas, les deux joueurs ont globalement la possibilité de gagner ensemble ou de perdre ensemble. Une stratégie optimale suppose l'acceptation par les joueurs de respecter une règle établie à l'avance, et s'ils décident de gagner ensemble, ils aboutissent alors à ce qui est convenu d'appeler dans les négociations commerciales, une solution win-win.

Gagner ensemble n'est pas une obligation, mais plutôt une question de bon sens pour un esprit non borné, puisque l'unique autre possibilité est de perdre.

Hassan Nasrallah qu'on avait connu dans le temps assez perspicace vient ostentatoirement d'opter pour le deuxième terme de l'alternative en affirmant avec une froide insolence sa certitude qu'il n'a rien à perdre et tout à gagner.

Où est donc passée sa sagacité et comment expliquer l'érosion de son QI ? La "victoire divine" ne peut à elle seule expliquer la transformation de la perspicacité en arrogance ! Depuis cette maudite victoire, il ne cesse d'inventer des moulins à vent pour se donner l'illusion de poursuivre un combat qui en dépit de ses rodomontades répétées demeure à ce jour sans objet.

Constatant que toutes ses entreprises oiseuses n'ont mené qu'à des fiascos, il vient de nous annoncer qu'il a décidé de renvoyer sine die toute recherche de solution. En somme, son dernier discours peut se résumer en une seule phrase: si vous ne me laissez pas rafler la mise, alors je ne veux plus jouer ! On avait sur les bras un obsédé qui ne cesse de lorgner le fauteuil présidentiel, voilà qu'on hérite d'un caractériel qui s'irrite d'être en colère et se console en jurant de ne pas se consoler.

S'il se tenait coi dans son bunker, passe encore, mais notre Don Quichotte divin veut s'attaquer maintenant aux fondements mêmes du vivre ensemble des Libanais. S'il est vrai que ces derniers n'aient jamais su inventer un modus vivendi viable ni renoncé à dépecer leur Etat et en phagocyter les morceaux dans leurs communautés respectives, ils sont aujourd'hui de plus en plus nombreux à vouloir construire cet Etat fédérateur. Or, ce sont précisément ces premières velléités consensuelles qui sont devenues aujourd'hui la principale cible du Hezbollah qui se complaît à vouloir être le principal pourfendeur d'un Etat déjà fortement atrophié.

Ceci ne doit pas nous étonner, Waddah Chrara a depuis longtemps déconstruit la logique anti-étatique du Hezbollah et étayé sa dynamique destructrice. Son livre, "l'Etat du Hezbollah" qui vient d'être réédité par An-Nahar, est une lecture absolument indispensable pour tout Libanais.

L'obstination maladive de Hassan Nasrallah s'accompagne d'une certitude inébranlable en une victoire contre un ennemi encore indéfini et d'une fuite en avant volontairement suicidaire entraînant dans son sillage non seulement une communauté prise en otage, mais le pays tout entier.

Persuadé de gagner à l'arrivée, il est loin de douter que le jeu qu'il joue est "à somme non nulle" et que sa stratégie le conduit inexorablement à perdre. C'est là que réside peut-être le vrai sens du martyre qu'il appelle de ses vœux.

Hélas, la théorie des jeux ne va pas aussi loin !

Tuesday, April 10, 2007








Resurrexit Heuristiques


Après deux mois de silence forcé, ma connexion avec la Toile est rétablie. Je ne pesterais pas contre les lenteurs administratives qui ont plongé Heuristiques dans cette longue hibernation. Cette résurrection coïncide avec l'éclosion des oxalides. Cela suffira, je l'espère, à effacer mes frustrations.

J'ai délaissé Hassan, Michel et consorts à leurs fanfaronnades et je les retrouve aujourd'hui, chantant les mêmes antiennes. Quelle joie et quel bonheur de pouvoir, à nouveau, les célébrer à ma manière !

Heuristiques revient avec le printemps. Je vous invite donc à de nouvelles valses avec les mots. Je n'ai pas d'autre remède contre la décrépitude de notre cher pays.