Sunday, May 6, 2007


















Qué Viva El Cardenal Patriarca !

Il a suffi de quelques mots du Patriarche pour balayer d'un seul coup les déclarations tonitruantes d'un Général en état d'andropause avancée qui dans l'espoir de se faire élire Président croyait pouvoir instaurer "pour une seule fois" le suffrage direct. L'œil pétillant de malice, le vaillant Cardinal s'est, tout simplement, contenté de lui rappeler qu'il n'était pas possible d'amender la constitution "en un clin d'œil".

Quant aux ténors de l'opposition, Nasrallah Boutros Sfeir a prouvé qu'il n'était pas nécessaire d'être un expert en Droit ni un juriste constitutionnaliste pour savoir lire des mots simples et surtout d'en comprendre le sens. Le Prélat faisait référence sans le citer explicitement à l'article 49 de la constitution:

"Le Président de la République est élu, au premier tour, au scrutin secret à la majorité des deux tiers des suffrages par la Chambre des députés. Aux tours de scrutin suivants, la majorité absolue suffit."

Comme on le voit, cet article a été rédigé avec une limpidité cristalline et il ne sert à rien aux imposteurs et aux juristes subitement frappés de cécité de se déployer en exégèses aussi futiles qu'extravagantes pour faire dire à ce texte ce qu'il ne dit pas.

Aussi, toutes les querelles byzantines qui allaient depuis quelques semaines en s'amplifiant sur le quorum nécessaire pour élire un Président en remplacement de l'inexpugnable homme lige de Damas se trouvent ainsi réduites à un tissu d'inepties.

Après avoir longtemps tergiversé, le Prélat se jette enfin dans la bataille. L'enjeu est de taille. Il y va tout simplement de l'avenir de la communauté maronite et de son rôle dans l'aggiornamento post-syrien du Liban.

Sa tâche est d'autant plus compliquée, qu'un Général sur le retour ne cesse de ruer dans les brancards pour faire valoir sa représentativité exclusive de l'ensemble de la communauté.

Le Cardinal doit d'abord faire comprendre à Michel Aoun qu'il ne lui est pas permis de sacrifier impunément les intérêts de sa communauté juste pour satisfaire ses propres lubies. Ensuite, il doit prouver à l'opposition, mais aussi aux communautés musulmanes, que le dernier mot dans l'élection présidentielle lui revient "de droit".

Pour clouer le bec à ceux qui lui contesteraient ce droit, il lui suffit de rappeler que les sunnites avaient bien imposé leur candidat à la Présidence du Conseil et les chiites le leur à la Présidence du Parlement.

La bataille vient à peine de commencer et l'opposition se montre d'ores et déjà prête à tout torpiller, voire à plonger le pays dans le chaos si elle ne parvient pas à faire élire un Président qui ne lui soit pas hostile.

L'été sera chaud, dirait Jacques II de Chabannes, Seigneur de La Palice.

Wednesday, May 2, 2007



















Michel Aoun, un Sisyphe inconsolable !


On peut tout reprocher à Michel Aoun, sauf sa persévérance. On le croyait résigné après avoir un moment admis que la Présidence était "derrière lui", mais voilà que ses anciens démons le reprennent et subitement ragaillardi, il repart à l'attaque plus déterminé que jamais à rouler éternellement son rocher tel un Sisyphe inconsolable.

Dans sa quête folle pour accéder coûte que coûte au fauteuil présidentiel, il a déjà tout essayé: la volte-face et la compromission, la menace et le chantage, le populisme et l'imposture, mais ses efforts sont restés vains et, à son grand désespoir, il voyait son rocher inévitablement dégringoler en bas de la colline de Baabda.

La résignation supposée cachait en fait une fourberie. "Par de feintes raisons, je m'en vais les abuser", se répétait-il en paraphrasant, probablement sans le savoir, un vers tiré d'Iphigénie de l'illustre Jean Racine. Notre bonhomme attendait patiemment une conjoncture plus favorable pour agir.

L'ouverture, tant attendue, se présente enfin. La bataille pour l'adoption du tribunal international tire à sa fin et les Libanais se préparent à affronter dans la confusion la plus totale l'ultime "échéance" que représente l'élection présidentielle. Il était donc inconcevable pour notre Sisyphe de ne pas essayer une nouvelle fois d'escalader sa colline favorite.

Fort de l'appui de ses conjurés du Hezbollah et du soutien, de plus en plus explicite, de leurs parrains régionaux, le voilà qu'il nous annonce après de longues cogitations et frétillant d'autosatisfaction sa botte secrète. "Le règlement de la crise, dit-il, ne peut se faire qu’à travers l’organisation d’élections législatives anticipées ou par le biais d’un plébiscite ou encore à travers l’élection d’un président par le suffrage universel, pour une fois seulement pour écarter les possibilités d’interférences étrangères".

Au diable la Constitution, le Parlement et la majorité des députés ! À quoi bon s'encombrer de procédures inutiles ! Seul le peuple est souverain et il revient à ce peuple docilement mené de rouler la pierre, à sa place, jusqu'en haut de la colline. Sacré Michel ! l'absurdité tragi-comique de sa démarche vous incite presque à lui offrir gratuitement sa "sucette présidentielle".

"Juste une fois", dit-il. C'est à se tordre de rire ! Sisyphe était obstiné, nous dit Homère, mais nulle part dans son Odyssée, il n'est fait mention d'un Sisyphe nombriliste ou ridicule.

En condamnant Sisyphe à rouler sans cesse un rocher jusqu'au sommet d'une montagne d'où la pierre retombait par son propre poids, les dieux avaient pensé avec quelque raison qu'il n'est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir.

Courage Michel ! il ne reste plus que quelques mois avant de gagner un repos bien mérité.