Thursday, January 24, 2008













Le geste impérieux et ses prolongements


Lorsqu'il plastronne devant les foules ou les militants admiratifs, le sourcil froncé, le regard courroucé et le doigt menaçant, Hassan Nasrallah donne toujours l'impression de vouloir s'enfoncer dans son karma. C’est comme s’il voulait signifier à ses adversaires que l’aménité d’hier n’était qu’un rôle de composition et que les choses sérieuses allaient enfin commencer.

Ce visage poupon ne cachait-il donc que des intentions maléfiques ? Ou bien l’homme et son projet ont-ils radicalement changé ? Sommes-nous à la veille d’une nouvelle équipée divine ou bien vivons-nous les derniers préparatifs avant la « cueillette finale » qui viendrait clore dix-huit mois de turbulences ?

La «victoire divine», qui a plongé pendant des mois les foules de militants et de sympathisants dans un état d’abrutissement généralisé, ne fait plus recette et les griseries d’hier ont cédé la place à une de gueule de bois collective. L’oracle enturbanné s’est donc trouvé acculé à inventer de nouvelles « promesses sincères » pour ranimer les ardeurs défaillantes. Et, puisque l’ennemi « standard » était devenu inaccessible, il ne lui restait plus qu’à jeter son dévolu sur l’ennemi intérieur.

Oui, mais il y a un hic. Avec l’ennemi standard, il est permis, voire « légitime » de se livrer à toutes sortes d’exactions, y compris celle de proposer un troc pour ses bouts de cadavres, mais comment s’y prendre avec le sunnite d’en face ? Depuis dix-huit mois, Hassan Nasrallah est confronté à une véritable quadrature du cercle. Il trépigne d’impatience de prendre le pouvoir, mais comment pourrait-il y parvenir sans « casser » du sunnite ?

Il s’était brûlé les doigts en essayant l’année dernière à la même date de « tâter » le terrain. La levée de boucliers était unanime et il était obligé de se replier fissa sous les injonctions strictes de son mentor iranien qui avait perçu les dangers incalculables d’une telle équipée. Résigné, il ne lui restait plus qu’à essayer l’encerclement dans l’espoir de voir l’ennemi céder par épuisement ou par lassitude.

C’est ainsi qu’est né le « tiers de blocage » comme pis-aller à une prise du pouvoir par la force. Vous me donnez le tiers plus un au gouvernement, ou je bloque tout. En d’autres termes, je bloque tout aujourd’hui pour pouvoir bloquer ce que je veux demain. Après avoir pris en otage sa propre communauté, le voilà qui met le pays tout entier dans son filet.

Le Liban vit depuis au rythme des injonctions menaçantes de Hassan Nasrallah et de ses apparatchiks transformés pour la bonne cause en discoureurs du dimanche. N'est pas orateur qui veut et rares sont ceux qui parviennent à fasciner les foules par leur éloquence et leur charisme. Pour pallier ce déficit, ces apparatchiks ont adopté par mimétisme le même geste impérieux et ridicule du doigt qui se lève pour accentuer leurs péroraisons sur les « victoires à venir ».

Hassan Nasrallah est fermement convaincu qu’il réussira à rééditer sa « victoire divine » contre l’ennemi intérieur. Il apprendra un jour que les ambitions les plus folles ont toujours été phagocytées par la mosaïque libanaise dont le venin exceptionnel sécrété par ses communautés est capable de broyer toutes les outrecuidances, fussent-elles divines.

Sunday, January 20, 2008
















Le pari fou d’un querelleur hargneux


Le tyran syrien doit boire du petit-lait et s’en lécher les babines. Un simple coup d’œil sur la scène libanaise lui suffit pour mesurer l’immensité de la tâche accomplie. Près de trois ans après son éviction du Liban, il a, en effet, toutes les raisons d’être en pleine euphorie.

Il avait juste promis l’anarchie, mais aujourd'hui, il prouve qu'il peut aller nettement plus loin. Le simple blocage des institutions ne suffit plus, il lui faut désormais passer à la vitesse supérieure avec comme objectif la déconstruction du Liban et son "reformatage" selon des normes qui garantissent durablement la prépotence syrienne.

Cette déconstruction est aujourd’hui largement entamée. Le Parlement ne fonctionne plus, le gouvernement est paralysé, l’économie est en ruine et la présidence de la république n’existe plus. Au passage, la constitution a été complètement suspendue et le tiers de blocage est devenu l'ultime cheval de bataille pour instaurer une prise réelle du pouvoir par la minorité.

Le dictateur syrien peut se réjouir du chemin accompli, mais son "grand œuvre" n'est pas terminé. La majorité est bien tétanisée et ses membres sont bien obligés de se tapir comme des lapins dans leur clapier, mais il subsiste un dernier bastion de résistance qui continue de lui faire la nique et qui l'empêche, pour ainsi dire, de terroriser en rond.

Ni la Syrie, ni le Hezbollah ne peuvent attaquer frontalement le Patriarcat maronite, défenseur ès qualités de l’entité libanaise et avocat inlassable de son indépendance, de son système politique et de sa fameuse "formule". Il leur fallait un affidé assez téméraire et capable de miner la forteresse de l'intérieur.

Pour préparer le terrain, Michel Aoun s'est bien lancé dans la besogne, mais son action relevait d'une tactique par trop timorée qui risquait en plus de s'effilocher en chemin. Non, le coup de boutoir nécessitait décidément une intervention d'un autre niveau.

Or, s'il est un homme lige de la Syrie capable de prendre le taureau par les cornes, c'est bien Sleimane Frangié. Tout ce qu'on lui demande, c'est de faire fructifier l'héritage qui lui fût légué par son grand-père et d'agir selon les règles de la fameuse "coalition des minorités" qui veut que le salut des Chrétiens libanais passe impérativement par une inféodation du Liban à la Syrie.

Par ses attaques, le petit homme ne se contente pas de signifier au Patriarcat maronite la fin de "son rôle politique", il procède surtout à un déblayage net du terrain. Premièrement, il sonne le glas à la candidature de Michel Sleimane à la Présidence de la République. Deuxièmement, il relègue définitivement au second plan le rôle de Michel Aoun et troisièmement, il annonce clairement à qui veut bien l'entendre qu'il est le candidat de la Syrie, le seul et le vrai, pour remplacer la carpette Émile Lahoud.

Sleimane Frangié, qui fait figure d'un roquet hargneux et querelleur, prouve qu'il n'est pas moins calculateur. On pourrait même le qualifier de "fin stratège" en comparaison avec le fou furieux de Rabieh.

Sunday, January 13, 2008


















Les pérégrinations d'un tire-au-flanc


Il fait partie de ces "gens de chicane" qui prolifèrent inévitablement dans les recoins des grandes machines bureaucratiques et qui, à force de s'y incruster, finissent par en devenir la figure emblématique. Le secrétaire général de la ligue arabe cristallise à lui tout seul la somme des frustrations arabes et leur exutoire.

C'est tout un art de faire du surplace et tout le talent d'Amr Moussa c'est d'arriver toujours avant qu'il ne soit parti. Jamais vous ne le verrez rechigner devant une corvée ni s'offusquer face à une humiliation. Au contraire, on le voit souvent se jeter à corps perdu toujours disposé à avaler stoïquement les couleuvres qu'on ne manquera pas de lui servir sur son passage. C'est son métier, mais aussi sa passion.

Et pourtant, on le voit toujours se démener comme un diable. Il voit tout le monde et discute avec tout le monde. S'arrêterait-t-il une seconde pour s'interroger sur l'inanité de ses missions ? Jamais. Il fonce sur des chemins qu'il a lui-même balisés guilleret et inconsistant à la fois qu'on sentirait ses passages comme un soupir !

Pour perdurer à son poste, Amr Moussa s'est forgé une conduite de ne jamais contrarier ses interlocuteurs. C'est la raison pour laquelle ses entretiens sont invariablement "francs et positifs". Pour lui, tout le monde est toujours beau et tout le monde est toujours gentil. Dans le théâtre d'ombres où il évolue, les méchants n'existent pas et n'existeront probablement jamais. Ainsi, il peut continuer à cultiver son abyssale futilité sans jamais frustrer personne.

Le préposé aux missions inutiles ainsi que ses commanditaires savaient parfaitement que la promesse faite par la Syrie de "faciliter" l'élection présidentielle n'était qu'un leurre. Force est de constater que la Syrie a réussi une nouvelle fois à déjouer les manœuvres de ses adversaires. Au lieu de s'opposer bêtement à leurs injonctions, elle a embrassé sans vergogne et même surenchéri sur leurs désirs œcuméniques. La ficelle était grosse, mais le tour de passe-passe a parfaitement bien fonctionné et il ne restait plus à ces adversaires qu'à se lamenter de leur propre niaiserie.

Amr Moussa et, derrière lui, tous les Arabes réunis ne pouvaient pas ignorer non plus que l'objectif ultime de la dictature syrienne est d'effacer l'humiliation de son retrait précipité du Liban, d'obtenir l'absolution de ses crimes passés et à venir et d'obliger ses adversaires à admettre définitivement que le Liban a été et restera pour toujours une partie intégrante du glacis syrien.

Le chemin est encore long, mais elle ne perd rien à attendre. Le temps joue en sa faveur et rien n'est venu à ce jour contredire son pari. Son objectif sur le court terme est de renvoyer le tribunal international aux calendes grecques. Elle sait qu'elle peut y parvenir puisqu'elle a déjà entendu quelques balbutiements en ce sens de la part des Français.

Le tire-au-flanc Amr Moussa peut donc reprendre ses pérégrinations quand il le voudra et autant qu'il le voudra. Elles ne serviront qu'à remuer du vent. Les Libanais, quant à eux, ils peuvent griffer le ciel et pisser dans les étoiles, leur sort n'en sera pas changé pour autant.

Tuesday, January 1, 2008














Sarkozy ou la forfanterie scélérate

Nicolas Sarkozy, qui ne conçoit la politique que comme une succession de coups médiatiques, voulait absolument tenter le coup. À l'impossible, nul n'est tenu, mais lui, il avait sa botte secrète pour ramener la Syrie sur le "droit chemin".

Pour séduire le jeune tyran et réussir là où d'autres ont échoué, il était prêt à donner beaucoup plus que ce qu'aurait cédé un Chirac et davantage que ce qu'aurait espéré, selon lui, une Syrie qui se morfondait depuis trois ans dans son isolement.

C'est ainsi que la grande braderie a commencé.

Le premier à s'atteler à la tâche fut un clown fraîchement converti en diplomate. Après sept tentatives, ses pantalonnades ont fait pschitt, comme se plaisait à dire Jacques Chirac. Puis, vint le tour d'autres apprentis qui débarquèrent à Damas avec des carottes plein les poches. Ils découvrirent très vite l'inanité de leurs tentatives. Il leur fut signifié qu'ils devaient d'abord aller se faire cuire un œuf chez un "ami" artificieux qui créchait à Rabieh.

Sarkozy comprit alors qu'il s'était fait avoir comme un cave, mais il ne s'avoua pas encore vaincu. Il lui restait une dernière cartouche, celle d'exercer ses propres talents pour corriger la myopie du dictateur ophtalmologue. Trois coups de fil après, il se retrouva, lui aussi, Gros Jean comme devant.

À l'évidence, Assad se soucie comme d'une guigne des "ouvertures" promises par Sarkozy. La seule ouverture qui compte à ses yeux est celle des Américains qui s'obstinent à le faire languir. En attendant, il peut tranquillement savourer sa sortie de la quarantaine et la reconnaissance sans la moindre contrepartie de son rôle au Liban. Sarkozy peut se sentir floué, mais jamais naïveté n'a été aussi criminelle et jamais amateurisme n'a réussi à changer aussi rapidement les règles de la donne.

C'est trop facile de faire son mea culpa et de se dire déçu après avoir bêtement et délibérément réintroduit le loup dans la bergerie. Avec sa forfanterie scélérate, Sarkozy vient d'effacer en quelques semaines les efforts de tout un peuple pour briser avec peu de moyens le joug d'une dictature dont il subit les méfaits depuis des décennies.

En voulant rompre avec la politique de son prédécesseur, Sarkozy a jeté le bébé avec l'eau du bain. "La France, dit-il, n’aura plus de contacts avec la Syrie tant que cette dernière ne démontrera pas qu’elle est prête à laisser le Liban élire un président". Oh, la belle jambe ! Tout l'effort de la communauté internationale a consisté pendant trois ans à faire exactement le contraire, c'est-à-dire dénier à la Syrie ce qu'elle croit être son "droit" d'intervenir au Liban.

Pour avoir sa dose de strass et de paillettes, Sarkozy a tout bradé d'un seul coup ! non seulement une indépendance qui peine à se reconstituer, mais aussi et surtout le "lien organique" qui a relié depuis des siècles le Liban à sa "tendre mère", la France.