Thursday, February 28, 2008















La morne platitude d’un jocrisse éploré

Il a beau s’appliquer à dissimuler son désarroi et à se donner une contenance assurée, Saad Hariri n’arrive toujours pas à se défaire de sa mine piteuse et contrite. Depuis son apparition sur la scène politique, il semble résigné à accepter son rôle de doublure pitoyable et de croire que ses sourires béats remplacent avantageusement les répliques qui lui font défaut.

Trois ans après avoir été arraché à son cocon douillet, il continue à faire étalage de sa morne platitude et de nous faire accroire que les célébrations hiératiques du 14 février peuvent pallier l’inexistence d’une politique véritable.

D’aucuns pourraient arguer de son jeune âge, de son arrivée inopinée en politique à la suite d’un drame personnel et national, ou encore de la campagne d’une rare férocité menée par la dictature syrienne pour le terrasser personnellement ainsi que ses alliés. Tout cela est vrai et compréhensible, mais ne suffit pas pour expliquer l’état d’apathie qui lui colle à la peau comme une seconde nature.

Certes, il lui arrive parfois de sortir de son état de torpeur, mais cela coïncide invariablement avec l'approche du 14 février, date "sacrée" entre toutes. Ses neurones commencent tout à coup à fonctionner, sa fébrilité s'accroît d'un seul coup et la communauté, dont il a reçu l'allégeance en héritage, entre en transe et commence à danser avec lui à l'unisson.

Le drame de ce "Cheikh" de pacotille résume et amplifie celui de la coalition dont il est supposé être le porte-flambeau. Une coalition faite de bric et de broc où les véreux côtoient les têtes brûlées et où les opportunistes se mêlent aux nigauds. Une coalition qui se contente depuis trois ans de réciter les louanges au "Grand Martyr" et de lancer des bravades grand-guignolesques.

"Nous ne voulons pas de confrontation, mais si une confrontation nous est imposée, nous ne resterons pas les bras croisés", lançait-il l'autre jour tout ému de sa propre témérité.

"Nous ne nous tairons plus, nous sommes prêts à la confrontation, même armée", s'était écrié, en écho, son partenaire Walid Joumblatt qui s'est empressé de ravaler ses propos avant la tombée de la nuit. Mais, qui s'étonne encore des axels de Walid bey ?

C'était pour vaincre leur peur et intimider l'adversaire, nous dit-on. Oh, les pauvres malheureux ! Les Libanais ne savent toujours pas s'il fallait en rire ou en pleurer.

Avec cette dernière pantalonnade, ce n'est plus d'un drame dont il s'agit, mais d'une véritable tragédie, une tragédie dont les Libanais sont les acteurs, mais aussi les victimes consentantes. Pour résister à une dictature génératrice de chaos et de mort et au totalitarisme rampant d'un parti sectaire, ils n'ont malheureusement d'autre choix que de remettre leur sort entre les mains d'un ramassis d'incapables !

Monday, February 25, 2008













Un épouvantail d’utilité publique !

Hassan Nasrallah est une vraie bénédiction. Depuis qu’il a commencé à envahir la vie des Libanais en s’infiltrant grâce à ses interventions télévisées dans l’intimité de leurs foyers, il s’est mis bien malgré lui à leur rendre un service dont ils soupçonnent peu aujourd’hui l’effet salvateur.

Aussi étrange que cela puisse paraître et même s’il est perçu par une majorité de Libanais, chiites y compris, comme un horrible épouvantail, le «secrétaire général» n’en demeure pas moins un épouvantail d’utilité publique !

Comment est-ce possible ? Et où donc un effet salvateur peut-il se nicher dans ce flot ininterrompu d’invectives et de menaces dont les Libanais n’arrêtent pas de recevoir les salves en pleine figure ? Et comment aussi, ces Libanais peuvent-ils imaginer un seul instant que derrière les promesses d’une «guerre ouverte» supposée extirper le «sale microbe sioniste» se profile leur salut ?

C’est Hassan Nasrallah en personne ainsi que ses propres discours qui nous fournissent la réponse à ces questions. Tout est « bon » dans ces discours, il n’y a rien à jeter ! Que ce soit au niveau des textes (intelligents et bien écrits) ou bien de la rhétorique qui suit à la perfection le système d'Aristote où l'ethos constitue, avec le logos et le pathos, le triptyque autour duquel s'articule et se déploie le pouvoir de persuasion d’un orateur. La gestuelle (index menaçant et inquisiteur) ainsi que le ton aux crescendos bien dosés contribuent pleinement, eux aussi, à cimenter l’ensemble.

Une fois débarrassés de leur caractère circonstanciel et mis bout à bout, ces discours se réordonnent en un «corpus» cohérent, porteur de messages destinés à inculquer aux Libanais, et pas seulement aux chiites, un ensemble de «valeurs» qui transcendent les disparités confessionnelles afin de créer une société compacte fédérée par la «pensée unique». Et, c’est justement de cette pensée unique, uniforme et mortelle que naît l’effet salvateur.

Hassan Nasrallah apporte dans ses discours le poison et l’antidote à la fois. Il réussit mieux que quiconque et sans nécessairement le vouloir à générer les anticorps qui vont permettre à la société libanaise, aussi disparate et morcelée qu’elle puisse être, de rejeter la «greffe d’organe» qu’il essaie obstinément d’opérer sur elle.

Cet organe greffé n’est autre que le Hezbollah. Ses thuriféraires ont beau nier son inféodation quasi exclusive à l'Iran, ils ne peuvent plus empêcher les Libanais de le percevoir comme un «corps étranger». Et, c’est justement parce qu’il a commencé à agir exclusivement comme un corps étranger qu’il a fini par mettre en branle les mécanismes de défense immunitaires permettant à l’organisme «receveur» de le rejeter.

Hassan Nasrallah peut donc continuer à s’égosiller et à agiter ses menaces autant qu’il le voudra, le rejet de son parti, de sa doctrine, de ses victoires et de l’ensemble de son corpus a commencé.

Le receveur libanais est définitivement immunisé, mais comme il arrive dans les thérapies homéopathiques, il faut parfois attendre longtemps avant d’obtenir la guérison.

Saturday, February 16, 2008










Le terrorisme comme passé et comme devenir


Trente ans de discours lénifiants se sont évaporés en un clin d’œil et la tare inavouable, longtemps reléguée aux oubliettes, a resurgi comme une bête immonde pour éclabousser les victoires immaculées et souiller à jamais l’âme pure des martyrs.

L’heure n’est plus à la gloriole et aux laïus insipides. Le Hezbollah renonce enfin à la duplicité et reconnaît sa part d’ombre. L’événement est considérable et il a fallu l’assassinat de «Hajj Redwane», maître d’œuvre des opérations terroristes clandestines, pour que les deux faces de Janus se superposent.

Réduit depuis un an et demi à ronger son frein, Hassan Nasrallah attendait un signal du ciel pour voler vers de nouvelles victoires. Avec l’assassinat d'Imad Moughniyeh, son vœu est pleinement exaucé. Les forces de l’ombre peuvent enfin se libérer pour aller porter le fer hors des frontières libanaises et en découdre une fois pour toutes avec les «assassins des prophètes".

La «guerre ouverte» peut enfin commencer !

Les «sionistes» n’ont-ils pas enfreint la règle qui limitait au territoire libanais le champ de bataille ? Hassan Nasrallah se sent délié de tout engagement et peut désormais assumer pleinement l’inclination des origines. Le terrorisme clandestin est mort. Vive le terrorisme des grands espaces.

En embrassant la «logique terroriste» au détriment de la «logique de résistance» le Hezbollah croît pouvoir sortir de l’impasse dans laquelle il s’enlise depuis l’interruption de la guerre de 2006. En effet, il ne peut pas «libérer» éternellement des territoires déjà libérés ni renoncer à un arsenal menacé par la rouille. Il ne lui restait plus que la fuite en avant, encore fallait-il une raison «judicieuse» pour le faire.

Coup de théâtre ! C’est l’ennemi juré qui lui en fournit l’occasion ou du moins c’est ce qu’il prétend puisque rien ne prouve encore qu’Israël est l’auteur de l’assassinat. Mais peu importe, l’aubaine est trop belle pour qu’elle soit refusée.

Pour Hassan Nasrallah, le champ est désormais libre pour s’approprier sans vergogne le credo d’Ahmadinejad et de prôner «la chute de l’Etat d’Israël». La boucle est ainsi bouclée et la Wilayet el-Faqih, qui unifie l’espace communautaire bien au-delà du territoire libanais, peut désormais s’exercer pleinement et briller de tous ses éclats.

L’apparition de Manouchehr Mottaki, ministre iranien des affaires étrangères aux obsèques de Moughniyeh est un signe qui ne trompe pas. Pourquoi diable doit-il s’encombrer de formalités inutiles pour entrer et sortir du Liban ? Ne vient-il pas «chez lui» auprès de ses frères d’armes et dans un «Etat» que son propre pays a créé de toutes pièces ?

En épousant aussi étroitement la «cause iranienne», le Hezbollah annonce les catastrophes à venir, mais creuse aussi sa propre tombe. Que Hajj Redwane dorme en paix, le martyrologe peut désormais s’allonger à l’infini !