Friday, March 28, 2008














L'or syrien jusqu'au dernier carat

Après des décennies de non-dit, le Liban vient à résipiscence et ose enfin proclamer son désir incoercible de se séparer du frère siamois qui s'obstine à vouloir lui pomper la sève jusqu'à la fin des temps.

Calmement et solennellement, le Liban ose enfin affirmer son rejet de la dictature dont il a subi les sévices pendant près de trente ans. Il ose enfin dire à son geôlier, en le regardant droit dans les yeux, que ni l'intimidation, ni les assassinats ne pourront plus éteindre la flamme qui a embrasé le cœur des Libanais. La séparation est inéluctable et plus rien ni personne ne pourra plus en empêcher l'échéance.

Trois ans après son éviction forcée du Liban, La dictature syrienne n'arrive toujours pas à faire son deuil de la "tutelle" qui lui a été gracieusement octroyée par les Grandes Puissances. Peu importe si ces dernières ont pendant longtemps fermé l'œil sur la brutalité avec laquelle elle gérait sa chasse gardée, leurs intérêts de l'époque étaient ailleurs.

Loin de profiter des multiples ouvertures qui lui ont été faites, elle continue à s'enfoncer avec une belle obstination dans une politique sans lendemain, fermement persuadée que les "cartes" dont elle dispose sur le terrain finiront par faire plier un jour tous ses adversaires réunis.

D'aucuns pourraient arguer que cette fuite en avant est la seule option qui lui reste pour inverser le cours des évènements et empêcher la tenue du Tribunal international. Or, en continuant à jouer le trublion au Liban ou ailleurs, non seulement le régime syrien en accélère la tenue, mais il détruit les dernières chances d'un compromis "à la libyenne" qui pourrait lui être proposé. Pire, en persévérant dans la même voie, il se forge surtout une figure de paria dont l'élimination deviendra chaque jour davantage une nécessité de salubrité arabe et internationale.

Aujourd'hui, l'étau se resserre un cran de plus. Les Arabes osent enfin à leur tour briser le non-dit et contrairement à une coutume ancrée dans leur imaginaire oiseux et qui les faisaient s'accrocher coûte que coûte à une "solidarité" de façade, ils se délectent aujourd'hui à étaler au grand jour leur différend avec le paria qui croyait pouvoir les terroriser en toute impunité.

Mais, c'est bien la gifle libanaise que l'amphitryon syrien ne peut pas supporter. Le boycott par le gouvernement libanais du sommet de Damas l'a touché de plein fouet. La nervosité était nettement perceptible sur le visage essoufflé de Walid Moallem dont la graisseuse majesté n'a rien trouvé de mieux pour contrer l'insolence libanaise que d'affirmer que "les absents n’ont pas voix au chapitre" (sic) !

Le poussah syrien ne se rend même pas compte de son insignifiance et contrairement à ce qu'il a l'air de croire, ce n'est pas "une occasion en or" que le Liban perd en boycottant le sommet, mais c'est tout simplement le collier de serrage qui le maintenait enchaîné depuis son indépendance.

Wednesday, March 26, 2008














Hassan Vader ou Darth Nasrallah ?

Misère et damnation ! Avant qu'une seule balle n'ait été tirée, le voilà qui déguerpit à toute vitesse et nous prive d'un immense feu d'artifice dont il nous avait fait miroiter l'échéance. À n'en pas douter, l'occasion était propice. La perte d'un grand "martyr" et le délire verbal que la circonstance imposait avaient suffi à Hassan Nasrallah pour "ouvrir" une guerre dont il avait mal calculé l'impact sur ses partisans.

Pour effacer une bourde qui a failli provoquer un exode en masse des habitants du sud et de l'est du pays, Hassan Nasrallah a cherché par tous les moyens à calmer le jeu.

"Personne ne dit, a-t-il affirmé, que la chute de l’entité sioniste est une responsabilité libanaise. Il est vrai que la majorité des Libanais y sont favorables, mais cela ne veut pas dire pour autant que nous allons prendre l'initiative de la guerre".

Allons donc ! L'homme a son style et il ne peut pas sans se ridiculiser déclarer forfait sur toute la ligne. S'il dit adieu à la "guerre ouverte", c'est pour mieux se replier sur les "fondamentaux" et pour nous servir avec force vociférations son recueil d'antiennes sur l'anéantissement "inéluctable" d'Israël. Le refrain est usé, mais l'enturbanné n'en connaît pas d'autre.

En somme, Hassan Nasrallah renonce à son côté Vader qui évoque l'envahisseur (invader) pour cultiver son image de Darth qui comme chacun sait est la contraction de Dark (sombre) et Death (mort). Et, comme Darth Vader, le célèbre héros de la saga, il croit fermement être l'Élu de la Prophétie selon laquelle un homme viendra un jour pour rétablir l'équilibre de la Force et vaincre les forces de la galaxie (impérialo-sioniste, s'entend).

Darth possède une épée laser. Hassan dispose de quarante mille fusées. Ce n'est pas comparable, mais les Libanais n'ont nullement à rougir de leur Élu qui compte déjà deux victoires à son actif et qui promet une toute belle à venir, une victoire après laquelle Israël cessera tout simplement d'exister.

Et puis, notre Chater Hassan n'a pas à se cacher derrière un casque, il lui suffit d'agiter un index tout nu pour faire "trembler" les Israéliens. Les Libanais tremblent aussi, mais de joie, la joie de ceux qui ne doutent pas une seconde de l'avenir radieux qui les attend en confiant leur sort à leur Darth national. Car, que peut Israël contre le maître du temps et de l'espace qui, pour venger l'assassinat d'Imad Moughniyeh, se réserve le droit de choisir "le moment, le lieu, la manière et le moyen" de le faire ?

Sonnez Trompettes, résonnez Carillons, les archanges de l'Apocalypse débarquent et ils sont fâchés tout rouge ! L'Élu les a convoqués pour prouver à ceux qui ont tué le Hajj terroriste que "notre sang ne peut être versé en vain" et qu'ils connaîtront enfin le "vrai goût de la vengeance".

Friday, March 14, 2008














La peur comme prélude au désamour

Depuis sa création par l'Iran, le Hezbollah n'a jamais caché sa volonté de mettre la totalité de la communauté chiite libanaise sous sa coupe. Au bout de ce long parcours, il croit y avoir largement réussi. Ce qui entretient cette illusion, c'est sa capacité à mobiliser des centaines de milliers de sympathisants sous n'importe quel motif et c'est aussi, l'acceptation apparente de ces derniers de répondre docilement à l'appel.

Pour atteindre ses objectifs, l'organisation totalitaire du Hezbollah s'est toujours présentée comme l'unique défenseur possible de la communauté face à la barbarie israélienne, mais aussi comme le seul garant de ses intérêts face aux autres communautés. Dans un pays où le plus grand dénominateur commun a toujours été la peur de l'autre, il ne lui était pas difficile de faire accroire aux chiites que leur inféodation totale était leur unique planche de salut.

Pour ceux qui en doutaient, la "victoire" contre Israël en août 2006 est venue apporter la preuve que le Hezbollah était à la hauteur de ses prétentions, ou pour utiliser le slogan maintes fois répété par Hassan Nasrallah, qu'il était capable d'honorer sa "promesse sincère".

Très peu de chiites se sont exprimés ouvertement au lendemain de la guerre sur la portée réelle d'une "défense" capable d'infliger une "défaite historique" à l'armée la plus puissante du Proche-Orient, mais qui, en même temps, fait totalement fi de la dévastation inévitable de la vie de ceux qu'elle prétend défendre. Le sentiment de fierté et de "dignité retrouvée", une fois l'euphorie passée, ne pèse rien en fin de compte face aux malheurs qui ont frappé les chiites dans leur chair et dans leurs biens.

La peur, cette même peur qui a fait s'accrocher une grande majorité de chiites à leur sauveur "providentiel" est entrain de céder la place aujourd'hui à une immense désillusion annonciatrice d'un désamour, voire d'un début de rejet des vues et des méthodes du Hezbollah.

Depuis qu'il a lancé sa menace de "guerre ouverte" contre Israël, les administrations publiques libanaises se disent submergées par le flot de personnes qui veulent renouveler leur passeport. Angoissés à l'idée de revivre l'enfer du conflit de 2006, les habitants du sud et de l'est du pays ainsi de la banlieue sud de Beyrouth se préparent au pire.

Hassan Nasrallah, qui croyait régner en maître absolu sur les heurs et les malheurs de sa communauté, a déclenché sans probablement le vouloir un vent de panique qui pourrait se transformer, le jour venu, en un sauve-qui-peut général de ces mêmes chiites qu'il prétendait avoir mobilisé pour servir de chair à canon à ses folles équipées guerrières.

La fusion totale entre le "parti de Dieu" et "ses" masses, rêve absolu de toute organisation totalitaire, commence à se lézarder et le désamour qui commence à se cristalliser, c'est Hassan Nasrallah en personne qui en est l'instigateur. C'est bien là, la tragique ironie de l'histoire !

Sunday, March 9, 2008















Les errements d'un "marjaa" défroqué

Encore une fois, il a raté une belle occasion de se taire. Depuis qu'il a mis en sourdine son différend avec l'Iran et épousé officiellement le point de vue du Hezbollah, Cheikh Mohammad Hussein Fadlallah, se sent pousser des ailes et au lieu de la "prudente réserve" que lui impose son statut de "guide spirituel", il ne rechigne plus à faire de la surenchère dans le seul espoir de continuer à être renfloué.

Qu'est-ce qui justifie sinon l'hommage rendu par le "guide spirituel de tous les mouvements islamistes du monde" aux auteurs de l’opération "héroïque" contre une école talmudique à Jérusalem ? Et pourquoi se sent-il obligé d'approuver la "riposte naturelle" pour condamner la "violence bestiale d’Israël" ?

Jusqu'à aujourd'hui, il était de bon ton, pour lui comme pour beaucoup de ses semblables, de dire qu'ils "comprenaient" les opérations suicides sans nécessairement les approuver. Force est de constater que les temps ont changé et qu'à l'époque du terrorisme conquérant et des "guerres ouvertes", il n'y a plus lieu de s'encombrer de telles subtilités.

Comme beaucoup de chiites, le vénéré guide se sent perdu dans le maelström dévastateur du Hezbollah. Il n'a plus d'autre choix que de se plier devant la vague déferlante. De "source d'imitation" qu'il était, il est devenu un simple imitateur qui se contente de répercuter et d'amplifier les déclarations d'un Nasrallah ou d'un Ahmadinejad.

Mais Fadlallah, tout spirituel qu'il est, a des soucis autrement terrestres. S'il ne suit pas le mouvement, sa Marja'iyya, déjà fortement chahutée, risque de ne plus avoir de référence que le nom et sa Hawza qui ne survit que grâce à la manne iranienne, risque elle aussi de tomber en déshérence.

On comprend mieux ainsi pourquoi il ne peut plus s'offrir le luxe de jouer sur les nuances. Il y a une cause à servir, il la sert docilement et espère juste d'être payé en retour, mais attention, on ne plaisante pas avec les bailleurs de fonds !

Grands ou petits, religieux ou profanes, tous doivent se mettre désormais en ordre de bataille, constituer un seul bloc compact pour se préparer à extirper le "sale microbe sioniste" et régler leur sort aux "ennemis de l'intérieur".

Mohammad Hussein Fadlallah rêvait un jour de pouvoir imposer sa "marja'iyya" face à celle du guide de la révolution iranienne. Ce temps est désormais révolu et tout ce qui lui est permis de faire c'est de servir comme porte-voix et de récolter les miettes de la manne que l'Iran et son avatar libanais voudront bien lui donner.