Wednesday, July 1, 2009














Le caméléon dans ses (basses) œuvres

Quand on aura tout dit de ses "antennes" extrasensibles qui lui permettent de détecter les variations du temps et les orages, de son souci constant de "préserver" sa communauté, de ses excès et de sa folle témérité, il restera beaucoup à dire de Walid Joumblatt et de son don d'ubiquité qui lui permet d'appartenir à un camp tout en se trouvant dans le camp adverse.

Dans le microcosme politique libanais, le chef druze est le champion toutes catégories de la voltige et du double axel périlleux. Avec lui, point de figures imposées et quand il se lance, il le fait sans filet de secours. Lorsqu'il bat en retraite, il le fait presque toujours en invoquant les mêmes fantômes qu'il s'était dépêché d'enterrer au moment où il se sentait victorieux. Il lui suffit pour cela de ressortir les "constantes" dont nul ne pourra contester la validité. Il en va ainsi de la "cause arabe" et de son corollaire obligé, l'incontournable cause palestinienne. Il en use et en abuse au gré de ses retournements. Walid Joumblatt n'a pas l'habitude, n'est-ce pas, de "laisser tomber son histoire et son héritage".

Étrangement et malgré la victoire du camp auquel il appartient en théorie, le chef druze se comporte comme s'il avait lui-même perdu. N'avait-il pas déjà intériorisé la défaite et entamé son "repositionnement" avant même que la bataille ne commence. Pour lui, le recul stratégique était devenu nécessaire après la défaite du 7 mai. Il lui fallait donc se plier au "principe de réalité" et admettre que la donne avait définitivement changé.

Mais la peur panique dans laquelle il se morfond depuis cette date lui a fait tout simplement perdre la boussole. En jouant l'apaisement à outrance et en adoptant le mimétisme du caméléon, il semble persuadé qu'il serait mieux à même de "protéger" sa communauté et de conjurer les dangers qu'elle pourrait encourir en cas de confrontation ouverte avec le parti chiite armé. Admettons et compatissons volontiers avec la paranoïa naissante du chef druze, mais pourquoi diable doit-il se sentir contraint de s'aplatir davantage devant le parti khomeyniste alors que sa coalition vient de sortir victorieuse des élections ? Au lieu de profiter de cette victoire pour tenir tête à Hassan Nasrallah et conforter ainsi la position de ses alliés, le voilà qui s'enfonce davantage dans sa panique et sème le trouble dans l'esprit de ses partisans. Pourtant, il sait mieux que quiconque qu'en épousant les vues de ses adversaires et en multipliant les actes d'allégeance, il ne pourra jamais les amener à résipiscence.

Non, Walid bey, votre communauté n'est pas menacée et ce n'est pas en pliant l'échine que vous réussirez le mieux à conjurer votre paranoïa communautaire. Non, Monsieur Joumblatt, ce n'est pas en dorlotant Nabih Berri que vous empêcherez ses miliciens de sévir à répétition dans les quartiers de la ville. Non, Monsieur Joumblatt, ce n'est pas en jouant l'apaisement à outrance que vous changerez la nature totalitaire de la milice khomeyniste libanaise. Non, Walid bey, ce n'est pas en reniant vos convictions que vous servirez le mieux la cause du "Liban arabe" dont vous vous gargarisez aujourd'hui.

Honte à vous, Walid bey, de piétiner comme vous le faites la mémoire des martyrs de la nouvelle indépendance. Le pragmatisme en politique ne signifie pas lâcheté et le courage, tout le courage, est de tenir bon et de ne pas changer de cause comme on change de chaussettes !

Le Liban d'abord, le Liban en premier. Parfaitement, Monsieur Joumblatt, et n'en déplaise à votre seigneurie de pacotille, ce slogan qui a l'air de vous faire honte aujourd'hui reste plus que jamais d'actualité. Il est même le seul qui vaille la peine d'être scandé par les Libanais. Et si cela ne vous plaît pas, vous pouvez aller vous faire cuire un œuf chez Hassan le cloîtré en attendant de pouvoir aller à Canossa, la tête baissée, mendier les faveurs de votre ex-futur ami le dictateur.

Friday, June 19, 2009















Une volée de sahsouhs tous azimuts

On juge de la qualité d'un "sahsouh" par le son répercuté qu'il produit au moment où il est administré. Cette claque assénée d’un seul grand coup de paume sur la nuque est souvent ressentie par la victime comme une humiliation insupportable. D'abord, parce que le sahsouh arrive toujours à l'improviste, ensuite parce que celui qui le subit n'a aucun moyen de le prévenir, et enfin parce que sa "morsure" est aussi douloureuse que celle de la piqûre d'une guêpe. Lorsqu'il tombe en virevoltant, la victime a souvent la tête ailleurs.

Que dire alors lorsque le sahsouh est collectif, lorsqu'il atteint non pas un seul, mais tout un groupe d'individus, lorsqu'il est asséné par la majorité d'un peuple à ses bourreaux ? Dans ce cas, il prend des dimensions et des significations presque inimaginables. Ce n'est plus la claque bruyante décrite plus haut, mais bel et bien une correction politique en bonne et due forme. C'est exactement ce qui est arrivé à Hassan Nasrallah, à Michel Aoun et au menu fretin qui complète la nébuleuse du 8 mars. Une majorité du peuple libanais vient de leur administrer un sahsouh politique de toute beauté et à l'exacte mesure de leur suffisance.

Hassan Nasrallah ne s'en est pas encore remis. Lui, qui était à deux doigts d'élargir son bastion à la totalité d'un pays, le voici cloîtré à jamais dans son fortin, en train de cuver sa défaite et ruminer les vengeances à venir. Son acceptation du verdict des urnes a duré à peine une semaine. Il faut dire que l'humiliation était tellement insupportable qu'il ne pouvait pas se résoudre à accepter les règles du jeu démocratique. Il est donc revenu nous seriner ses griefs et, tout en jurant ses grands dieux de ne pas vouloir remettre en cause l'accalmie (cette belle mascarade appelée "tahdi'a"), brandir ses menaces et nous promettre un bouquet d'obstructions en perspective.

Mais laissons Hassan panser comme il peut son orgueil blessé et regardons plus loin. Car le fameux sahsouh n'a pas eu qu'un effet local, oh que nenni ! Ses ondes de choc se sont propagées nettement au-delà de nos frontières et d'abord chez le dictateur d'à-côté. Même si Bachar El-Assad feint d'accepter sans moufter le résultat des élections, il est forcé de reconnaître qu'il a bel et bien reçu la claque de plein fouet. Occupé à soigner son image auprès de Sarkozy et d'Obama, il se tient coi en rongeant son frein. Et dire qu'il ne peut plus assassiner à sa guise comme au bon vieux temps. Quelle misère !

Passons maintenant à la république fasciste islamique. Les temps sont vraiment durs. Deux sahsouhs liftés croisés à la fois, c'est plus que ne peut supporter le grand manitou et accessoirement Wali Al-Faqih, Ali Khamenei. D'abord le sahsouh libanais, la dérouillée du Hezbollah aux élections est aussi la sienne et celle de son protégé Ahmadinejad qui nourrissaient tous les espoirs de voir enfin leur investissement de longue durée produire ses fruits. Hélas, il va falloir patienter encore. La précieuse "carte libanaise", qui allait devenir un atout majeur dans le grand "bargaining" qui s'annonçait, ne vaut plus rien. Mais il y a pire, car à peine relevé du sahsouh libanais, le voilà qui doit faire face à un autre fait maison et concocté par des millions d'Iraniens. Bien entendu, nous ne pouvons que compatir. he he, comme dirait un romancier libanais !

Dire qu'il existe un lien entre les deux sahsouhs est une idée qui plaît fortement aux Libanais toujours en soif de revanche, mais elle est complètement farfelue, il faut le reconnaître. Qu'importe, deux sahsouhs valent mieux qu'un. En se conjuguant ils pourraient conjurer, au moins pour un temps, les visées hégémoniques iraniennes. C'est toujours ça de pris !

Un Sahsouh est souvent accompagné du mot "Naeeman" (tiens, prends, ou enjoy !) d'abord pour en accentuer l'effet psychologique, mais aussi pour préparer la victime à l'inévitable moment de contact. À Beyrouth, à Damas et à Téhéran, le contact a été parfaitement réussi. De tout cœur, nous disons donc à Hassan Nasrallah, Michel Aoun, Bachar El-Assad, Ali Khamenei et AhmadiNejad: Naeeman !

Friday, June 12, 2009



















NBS sans peur et sans reproche


C'est au cœur de la tourmente que l'on reconnaît les grands hommes. Le Patriarche Nasrallah Boutros Sfeir prouve une nouvelle fois qu'il est de la trempe des durs à cuire. Bravant tous les interdits, il n'a pas hésité de lancer à la dernière minute son cri d'alarme mettant en garde les Libanais contre les dangers d'une victoire de l'opposition aux élections législatives.

Les Libanais en ont rêvé, Mar Nasrallah l'a fait !

Le coup de semonce est tombé à la veille des élections. Clair, net et précis. Le Général Iznogoud et les chefs de clan analphabètes étaient avertis, mais ils n'y pouvaient plus rien. Le Prélat avait bien choisi son moment, il fallait leur barrer la route et les empêcher de sacrifier le Liban sur l'autel de leurs ambitions perverses. Quelques phrases lui avaient suffi pour effacer de longs mois d'incertitude. L'heure était au combat frontal et sans merci et l'enjeu en valait la chandelle. Il y allait tout simplement de l'avenir du pays.

Mar Nasrallah a gagné son pari, le danger est écarté. Exit M8, M14 rempile. Nul ne pourra jamais quantifier avec certitude l'impact de son appel, ni savoir le nombre exact d'indécis qu'il a réussi à sortir de leur torpeur. Il a fait ce qu'il avait à faire et contribué autant que faire se peut à la victoire du camp souverainiste. Le "peuple" du 14 mars peut donc crier haut et fort: Merci NBS !

Victoire en poche, le Patriarche peut aujourd'hui exprimer ouvertement et en termes clairs le fond de sa pensée. À vrai dire, il déballe tout ce qu'il avait sur le cœur depuis des années et ose enfin appeler un chat un chat. Ce qu'il pense du résultat des élections, du Hezbollah, de la forme du prochain gouvernement, du rôle de l'Église, de la présidence… Aucun sujet n'est plus tabou pour lui et l'on dira peut-être un jour que l'interview qu'il vient d'accorder à la revue Al-Massira aura été son vrai testament politique.

Ces déclarations sont de la première importance, nous en reprenons ici la partie la plus croustillance telle qu'elle a été rapportée par le quotidien l'Orient le Jour:

"Les gens savent très bien où sont leurs intérêts. Le 8 Mars croyait pouvoir mettre la main sur le pouvoir et marginaliser le 14 Mars… Le problème est que les États voisins ont des ambitions au Liban et des projets qu'ils tentent de réaliser aux dépens de notre pays. Il est vrai que les Syriens sont sortis, mais peut-on dire que leurs ambitions au Liban ont disparu ? ", s'interroge-t-il avant de conclure: "Si le Hezbollah a besoin d'assurances, il faudra les lui donner. Mais le Hezbollah est devenu plus fort que l'État et cela est une situation anormale".

À la question de savoir si Bkerké est satisfaite des résultats du scrutin législatif, le patriarche répond par l'affirmative. "Ce n'est pas si mauvais, d'autant que l'on s'attendait à ce que l'autre partie gagne largement", relève-t-il. Prié de dire si son appel de samedi dernier a pu jouer un rôle dans ces résultats, il lance : "Ils prétendent que je divise au lieu d'unifier, sachant que je me suis adressé aux gens pour les mettre en garde contre un danger menaçant le Liban et son identité…"

Je continuerai à nommer les choses par leur nom. Le plus élémentaire de mes devoirs est d'avertir les Chrétiens des périls qui les menacent. Je dirais toujours le mot de la vérité, sans tenir compte de leurs menaces", a-t-il dit. Interrogé sur l'avenir immédiat, il écarte la possibilité d'une crise. "S'il y a un gouvernement sur la base du principe de la majorité qui gouverne et de la minorité qui s'oppose, je pense que les choses iront dans le bon sens", estime-t-il. À la question de savoir s'il est satisfait du résultat des élections, il répond : "Dans une certaine mesure, oui. Nous ne savons pas ce que l'avenir nous réserve. N'est-il pas notoire qu'un basculement donnerait à l'Iran, à la Syrie et aux Palestiniens de l'opposition le contrôle de la situation au Liban ?."

Qui dit mieux ? Ite missa est !

Tuesday, June 9, 2009


















Victoire d'une défaite *


Ce n'est pas parce qu'on défend une cause "juste" qu'on doit nécessairement triompher de ses adversaires. Très souvent, c'est l'inverse qui se produit et l'histoire foisonne d'exemples où les "méchants" sortent victorieux et où les "forces du mal" finissent par s'imposer.

Ceux qui s'étaient regroupés sous la bannière du 14 mars avaient tout lieu de croire que leur cause était "juste" et "noble". Il leur suffisait pour s'en convaincre de réciter inlassablement les noms de leurs "martyrs" tombés sous la barbarie récurrente d'un despotisme aveugle. Mais les antiennes sont rarement suffisantes pour construire une victoire. Les incohérences dans le discours et dans les actions de la coalition du 14 mars, la série de déboires subis au cours des quatre dernières années et la présence en face d'un adversaire armé et omnipotent devaient se traduire, en toute logique, par une nouvelle défaite cuisante et probablement définitive. Et pourtant, et contre toute attente, c'est David qui a eu raison de Goliath !

Cette victoire inespérée de la démocratie contre le pouvoir des armes est incontestablement l'une des bizarreries politiques dont la rareté est d'autant plus exceptionnelle qu'elle se manifeste à l'occasion d'une bataille électorale. Les résultats des urnes seront disséqués dans les plus infimes détails et l'on se penchera longtemps sur le "tempérament" des électeurs pour en mesurer les variations, mais une vérité simple et évidente éclate d'ores et déjà avec une clarté éblouissante. La victoire du 7 juin est née de la défaite du 7 mai.

Le calme exceptionnel qui a prévalu pendant la longue journée électorale ne s'explique pas par une "sociabilité" subite des Libanais, ni par une "civilité" supposée, mais par la certitude absolue qu'avait l'opposition de remporter les élections. Du coup, l'intimidation par les armes était devenue inopérante et le changement de tempérament pouvait librement s'exprimer et prendre toute son ampleur. Le parti khomeyniste armé a offert à ses adversaires, et sans nécessairement le vouloir, la victoire sur un plateau d'argent.

La défaite du 7 mai, la capitulation humiliante qui en a découlé à Doha, l'arrogance inouïe du "secrétaire général" de la milice de Dieu et l'insolence méprisante dont il se délectait à chacune de ses "apparitions" ont provoqué un ressentiment indélébile et une haine irréductible qui n'attendaient qu'une occasion propice pour exploser. La forte mobilisation sunnite notamment à Zahlé, à Tripoli et à Saida ne peut pas s'expliquer uniquement par l'argent électoral, mais par une volonté farouche et dévastatrice d'en découdre avec l'épouvantail chiite. Saad Hariri le savait parfaitement, il savait qu'il pouvait puiser sans l'épuiser dans ce réservoir insondable de la haine confessionnelle.

Achrafieh n'a pas agi autrement. Elle avait à en découdre avec son propre épouvantail. Elle l'a fait en assénant une cinglante défaite au Patriarche autoproclamé des Chrétiens qui voulait la "libérer" de l'emprise sunnite. Là aussi, le ressentiment était sans bornes. La "capitale chrétienne", enfin libérée de son musellement, pouvait donner libre cours à sa vengeance et renvoyer l'usurpateur hargneux dans ses hameaux où seules les voix chiites et arméniennes pouvaient lui sauver la mise.

Sans la défaite du 7 mai, la victoire du 7 juin n'aurait pas été possible. Le "jour de gloire" cher Hassan Nasrallah s'est transformé en un boomerang dont la lame acérée s'est retournée contre lui et l'a renvoyé dans son bunker caresser un arsenal qui ne lui a été d'aucun secours.

Le "peuple" du 14 mars a enfin pris sa revanche. Cette victoire est avant tout la sienne. Puisse cette victoire sortir ses dirigeants de leurs errances.

"Victoire d'une défaite" est un livre de Miklos Molnar sur l'écrasement de l'insurrection de Budapest par les chars russes en 1956 et sur Janos Kadar qui a réussi à transformer cette défaite en victoire.

Tuesday, April 28, 2009












Le pire n'est jamais certain... quoique !


Au tout début, c'était l'indifférence blasée de ceux qui ne se sentaient pas concernés. Des années après, l'indifférence a mué en appréhension confuse. La menace était devenue perceptible pour certains, mais restait vague et indéfinie pour le grand nombre. Aujourd'hui, les Libanais commencent à se réveiller de leur torpeur, mais découvrent en même temps que le parti chiite armé est sur le point d'hypothéquer durablement l'avenir de leur pays.

Certes, on peut ratiociner à l'infini sur l'enjeu des élections et sur ce qui adviendrait en cas de victoire du Hezbollah, mais ce serait perdre de vue que le processus qui a conduit le parti khomeyniste à légitimer son discours et à sanctuariser son État dans l'État, lui a déjà permis d'acquérir les moyens lui permettant d'infléchir à sa guise la politique du pays. Les pessimistes radicaux diront que ce processus est devenu quasiment irréversible et que le Liban ne pourra plus jamais revenir aux équilibres d'antan.

La France et la Grande-Bretagne ont déjà fait savoir qu'elles respecteront le résultat des urnes. En termes clairs, cela signifie qu'elles s'accommoderont volontiers d'une victoire du Hezbollah. Ce dernier a lui-même pris les devants en offrant d'ores et déjà la minorité de blocage à ses adversaires dans le futur gouvernement. La manœuvre est habile, elle fait d'une pierre deux coups, amadouer les moins récalcitrants parmi eux en les associant à la cogestion du pays et s'assurer de la bienveillance des puissances européennes et à travers elles des États-Unis qui pourront maintenir leur position de principe pour ce qui concerne le "terrorisme" du Hezbollah tout laissant à leurs amis européens le soin de "gérer la situation".

L'Arabie Saoudite s'active elle aussi et reconfigure ses positions afin de parer à toute éventualité. Son jeu consiste à "fermer" les trois "capitales" sunnites du pays dont elle veut s'assurer l'allégeance sans partage et à maintenir assez de souplesse pour pouvoir s'adapter en cas de victoire de l'opposition. D'où le rapprochement forcé entre Saad Hariri, Najib Miqati et Mohamad Safadi et d'où la candidature de Fouad Siniora à Saida. Ce qui lui permet, d'une part d'éliminer les "brebis galeuses" un peu trop marquées par leurs amitiés syriennes (Omar Karamé à Tripoli et Mustafa Saad à Saida), et d'autre part de jouer le cas échéant l'un de ses "jokers œcuméniques" (Miqati ou Safadi) lors de la formation du nouveau gouvernement.

La Syrie et l'Iran se frottent déjà les mains et ne manqueront pas de pavoiser même en cas de victoire de courte tête. Dans le combat titanesque qui les oppose à leurs adversaires locaux, régionaux et internationaux, l'obtention par leurs alliés de la majorité au Parlement pèsera lourdement dans le grand marchandage qui ne tardera pas à s'ouvrir immédiatement après les élections libanaises et iraniennes.

Quant aux ectoplasmes du 14 mars, ils n'ont jamais réussi à maintenir le minimum de cohésion qui leur permette de mener une campagne victorieuse, et s'ils réussissent par miracle à garder leur majorité au Parlement, ils se disperseront aux quatre vents en cherchant à s'assurer à qui mieux mieux une part du nouveau gâteau à partager.

Pour le parti khomeyniste libanais (comme pour tous les partis islamistes), la démocratie n'est point un système global de valeurs universelles et immuables. C'est un instrument, un moyen conjoncturel au service d'une fin conjecturée. C'est pour cette raison qu'il n'a jamais cherché à prendre le pouvoir par la force bien que techniquement il en était capable. Son projet est tout autre, plus perfide et nettement plus efficace. S'il était capable d'amener l'État à reconnaître la légitimité de ses armes, d'adopter sa vision des choses et d'investir en douceur les institutions étatiques, il aurait atteint ses objectifs.

En discutant de l'enjeu des élections, les Libanais feignent d'ignorer que les objectifs énumérés plus haut ont bel et bien été atteints et qu'ils sont devenus irréversibles. Si l'on ajoute à cela la minorité de blocage que le parti khomeyniste brandit comme une épée de Damoclès, on comprendra que dans un cas comme dans l'autre le Hezbollah dispose déjà de tous les moyens pour hypothéquer l'avenir du pays.

Wednesday, April 22, 2009













Chroniques de l'abjection ordinaire


Étrangement, les chefs et les représentants de la "mauvaise race" ont réagi avec circonspection, en tout cas avec une gêne contrite aux propos racistes tenus par le chef druze dont la verve populacière ne ménage plus aucun ridicule, aucun abus. En d'autres circonstances, le tollé aurait été considérable, mais en période électorale, les chefs maronites concernés ne pouvaient pas monter sur leurs grands chevaux. Ne doivent-ils pas au chef druze d'avoir intégré leurs représentants sur sa liste ? Ils protestent donc, mais du bout des lèvres.

Même le Général Iznogoud a été particulièrement "sobre" dans ses réactions. Ne doit-il pas en grande partie sa victoire de 2005 au fameux sobriquet qui lui avait été collé par le même Joumblatt. Aujourd'hui, le chef druze réédite l'exploit et prépare, probablement sans le vouloir, une nouvelle victoire du patriarche autoproclamé des Chrétiens contre ses adversaires appartenant à la même "race". Michel Aoun a raison de boire du petit-lait. Il peut même espérer nouer après les élections une alliance avec son adversaire druze dont le discours se métamorphose à la vitesse de l'éclair et qui a d'ores et déjà adopté vis-à-vis de la Syrie les mêmes arguments développés par le Général.

Mais au pays des mille et une peurs, ces excès ne sont point l'apanage du chef "progressiste" (ici, les rires tonitruants sont permis) ni de sa communauté, tant s'en faut. On pourra citer des dizaines de propos racistes similaires tenus en public ou en huis clos par des sunnites, des chiites ou des maronites... Chaque communauté a son propre patrimoine d'abjection et nourrit les phobies et les haines qu'elle croit nécessaires à sa cohésion et à sa "survie". Les ressorts confessionnels et claniques, la misère intellectuelle et morale et l'archaïsme de la pensée sont les "valeurs" les mieux partagées au Liban.

Le chef druze trouvera sûrement les mots pour se faire pardonner et les offensés avaleront certainement la couleuvre sans broncher. Walid Joumblatt a la tête ailleurs, il doit s'atteler à gérer la défaite qui pointe à l'horizon. Le capitulard d'aujourd'hui a hâte d'effacer ses bravades d'hier car pour lui, la bataille de la souveraineté et de l'indépendance a déjà fait long feu. Il doit donc se préparer activement à la nouvelle période qui s'ouvre et qui verra s'accentuer la mainmise du parti khomeyniste libanais et de ses parrains régionaux sur le pays.

Chaque époque a ses propres masques et Walid Joumblatt a déjà ôté celui qu'il arbore depuis 2005 et ressorti un autre déjà usé jusqu'à la corde, mais qui pourra encore servir puisqu'il est spécialement badigeonné des couleurs de la "cause palestinienne", de l'arabité des dictateurs et de la résistance des milices totalitaires. D'ici le 8 juin, le chef druze sera fin prêt ! Nabih Berri lui a préparé la route, Hassan Nasrallah s'apprête à l'accueillir à bras ouverts et le dictateur d'à-côté se fera un plaisir de fêter le retour du chef prodigue.

Tuesday, March 24, 2009














Les effets pernicieux de la versatilité

Walid Joumblatt a joué et il a perdu. Il n'est donc point surprenant de le voir acculé aujourd'hui à des révisions douloureuses et indispensables. Car, pour le chef d'une secte, qui compte à peine quelques centaines de milliers d'individus, les états d'âme n'ont pas cours, et très souvent, l'opportunisme est synonyme de survie. Aussi, ses retournements qui ne cessent d'étonner ses amis (et de ravir ses ennemis) obéissent à des impératifs de nécessité plutôt qu'à des lubies saisonnières.

Lorsqu'en 2005, notre clown aux yeux tristes avait décidé de chevaucher la vague néo-conservatrice qui déferlait sur la région, il était fermement convaincu que la dictature syrienne allait tôt ou tard rejoindre le sort de la dictature irakienne dont l'ogre américain n'avait fait qu'une bouchée. Walid Joumblatt, qui aurait retourné sa veste pour beaucoup moins, avait trouvé l'occasion trop belle pour faire la fine bouche. Il est vrai qu'à l'époque, l'euphorie de la "Révolution du Cèdre" l'encourageait à prendre les paris les plus audacieux, c'est la raison pour laquelle il s'est engagé à fond et sans mesurer les risques, prenant même le soin de brûler tous les ponts derrière lui.

Quatre ans après, le bilan est édifiant. Tous les paris de Walid Bey se sont avérés perdants. Les néo-cons ont rejoint, comme ils le méritaient, la "poubelle de l'histoire", Georges Bush a disparu, accompagné d'un jet de chaussure en guise d'adieux et Jacques Chirac se morfond dans une retraite ennuyeuse, mais agréable grâce aux largesses de la famille Hariri. Pire encore, la dictature syrienne, devenue entre-temps son ennemie jurée, a fait preuve d'une résilience à toute épreuve et se trouve autant courtisée aujourd'hui qu'elle était honnie hier. Et pour coiffer le tout, l'ennemi "interne" a réussi à consolider sa "victoire divine" en arrachant par la force des baïonnettes ce qu'on lui avait refusé des années durant.

En vieux briscard de la politique, Walid Joumblatt ne pouvait pas ignorer cette avalanche de déboires. Un "recul stratégique" était donc nécessaire. Se plier au principe de la réalité n'était point difficile pour lui, il l'avait maintes fois fait auparavant et avait toujours réussi à sauvegarder l'essentiel. Sauf que cette fois, la donne est nettement plus compliquée et le virage qu'il vient d'amorcer soulève des difficultés non seulement auprès de ses amis chrétiens et sunnites (qui ont d'autres impératifs), mais aussi (et c'est là la grande nouveauté) au sein de sa propre communauté qui a été empêchée d'en découdre avec les assaillants.

Pour Walid Joumblatt, le temps presse. Aujourd'hui, il veut aller plus vite que la musique, mais il peine à entraîner ses alliés dans son sillage. Mais d'où vient cette urgence ? Et pourquoi ne pas attendre le résultat des élections avant de se précipiter dans les bras du Hezbollah et de la Syrie par un Nabih Berri interposé ?

Plusieurs raisons peuvent expliquer sa conduite. De toutes les défaites qu'il a subies au cours des quatre dernières années, celle du 7 mai 2008 est de loin la plus lancinante. Ce jour-là, il a été saisi d'une réelle panique. Encerclé à Beyrouth alors que son fief était attaqué, il a pu mesurer l'ampleur du danger qu'encourait sa communauté en cas de confrontation ouverte avec le Hezbollah et à travers lui avec la communauté chiite. Ce jour-là, il a réalisé que la seule option qui lui restait c'était d'amadouer par tous les moyens possibles et au prix de toutes les humiliations le dragon inexpugnable qu'est devenu le parti chiite armé. En mordant sur ses plaies et en montrant patte blanche comme il le fait sans discontinuer depuis, il espère gagner les faveurs du dragon, ou du moins se prémunir contre ses flammes.

Walid Joumblatt ne peut plus attendre d'hypothétiques changements sur la scène régionale et internationale (merci, il a déjà donné !). C'est la raison pour laquelle, il a tourné la page et fait son deuil (sans le dire ouvertement) du 14 mars. C'est aussi pourquoi il n'a pas besoin d'attendre le résultat des élections. Car quelle qu'en soit l'issue, il a déjà admis en son for intérieur la mainmise directe ou indirecte du Hezbollah sur le pays.

Sunday, February 22, 2009















Le stratagème du "tiers" baladeur

Tudieu qu'il était calme et souriant. Et doux aussi, qu'est-ce qu'il était doux et déférent, on aurait dit un chérubin (s'il n'y avait la barbe, le turban, la soutane couleur corbeau…). Hassan était calme, doux et déférent. C'était l'événement de la semaine. Et tout le monde de s'émerveiller de son ton mielleux et conciliant à commencer par Walid Joumblatt, toujours prêt à mordre sur ses plaies et à pardonner des vexations toujours sanglantes, mais systématiquement attribuées à des actions "individuelles" entreprises de-ci de-là par les amis du chérubin barbu.

Et pourtant, le barbu au sourire béat n'est jamais aussi fielleux que lorsqu'il est mielleux et s'il lui arrive de renoncer à ses hurlements et d'adopter un ton amène, c'est uniquement pour avancer ses pions. Mais pour réussir son nouveau tour de passe-passe, quelques préparatifs étaient nécessaires. D'abord, il lui fallait effacer au plus vite le souvenir de ce "maudit" 14 février qui avait surpris tout le monde, y compris ses propres commanditaires. Ce jour-là, des centaines de milliers de Libanais avaient réussi à exorciser leurs craintes et leurs déceptions et s'étaient rassemblés pour célébrer la convivialité retrouvée. Pour transformer leurs retrouvailles en un mauvais souvenir, quelques dizaines de gangsters ont suffi. Leur objectif était de rappeler à ceux qui ne l'avaient pas encore compris que les pratiques instaurées un 7 mai pouvaient reprendre à tout moment. C'était parfaitement réussi, merci !

Le terrain ayant ainsi déblayé, Hassan la menace pouvait tranquillement déployer son sourire perfide pour nous sortir un magnifique lapin de son turban. De quoi s'agit-il ? Hassan Nasrallah croit que le moment est enfin venu pourqu'il encaisse les dividendes longtemps restés impayés de sa "victoire divine". Privé de guerre contre Israël, il avait fini par trouver le seul débouché possible pour ses armes, les "investir" en interne pour imposer ses quatre volontés aux Libanais et tenter de changer la répartition des pouvoirs entre communautés. Aussi, sa nouvelle proposition vise tout simplement à dynamiter l'accord de Taëf. Mais comme il ne peut le faire ouvertement, il procède indirectement en essayant de pérenniser les "acquis" engrangés à Doha. Le stratagème est assez futé, il repose sur ce qu'on pourrait appeler le principe du "tiers" baladeur. Il l'énonce lui-même ainsi:

Si je perds les élections, je garde le "tiers de blocage" au gouvernement, si je les gagne, ce tiers devient votre (j'accepte volontiers de vous en transférer la jouissance). La boucle est ainsi bouclée laissant le camp adverse face à un dilemme. Si la proposition est acceptée, le parti khomeyniste aura réussi son coup et le principe même de majorité et de minorité n'aura plus aucun sens. Si en revanche elle est rejetée, le Hezbollah aura les mains libres pour façonner le pays à sa guise. Plus fielleux que le chérubin tu meurs !

Mais, ce que vise le Hezbollah va nettement au-delà de cet échange de bons procédés. Hassan Nasrallah ne s'en cache pas d'ailleurs et s'il le dit en enfonçant des portes ouvertes sur le système confessionnel libanais, c'est pour mieux faire valoir ses arguments et imposer par la suite ses propres conclusions. L'époque des "binômes" est révolue. Toutes les communautés, dit-il en substance, doivent avoir le droit de participer pleinement au pouvoir (killna ya'ani killna, dit une bonne blague libanaise). En clair, cela signifie que les Chiites n'accepteront plus d'être les laissés pour compte du système et réclament une part équivalente à celle des Sunnites et des Chrétiens réunis. Nous y voici nous y voilà !

Le binôme est mort, vive le trinôme ! Hassan Nasrallah se hâte lentement, mais Al-Muthalatha arrive à grands pas, notamment grâce à l'appui d'un Général gâteux qui a oublié son arithmétique élémentaire et qui soutient mordicus qu'un tiers est supérieur à un demi.

Sunday, February 8, 2009















Chauffe Nasrallah Boutros, chauffe !

Il était temps, mais c'est trop tard, diront de vipérines langues. Le Patriarche monte enfin au créneau et d'une seule petite phrase assassine, il efface de longs mois d'incertitude. Mar Nasrallah Boutros Sfeir a définitivement choisi son camp. Finie la valse-hésitation, finie l'obligation de réserve et au diable la circonspection, l'heure est au combat frontal et sans merci, car l'enjeu est de taille. Il y va tout simplement de l'avenir du Liban.

"Une victoire du 8 Mars aux prochaines élections législatives aura de lourdes conséquences sur le plan historique national". Le coup de semonce est tombé, brutal et dévastateur. Les Généraux sur le retour et les chefs de clan analphabètes sont avertis, le Prélat se dresse désormais pour leur barrer la route et pour les empêcher de sacrifier le Liban sur l'autel de leurs ambitions perverses. Ils peuvent s'amuser à contester son autorité, continuer à l'humilier et à nourrir l'espoir fallacieux de le détrôner, rien n'y fera, il sera toujours à l'affût pour déjouer leurs complots et dénoncer leurs impostures.

Le chef de l'Église maronite revient de loin. Il bat aujourd'hui sa coulpe pour les erreurs stratégiques qu'il avait commises et qui avaient à des moments clés empêché la "révolution du cèdre" de remporter une victoire écrasante sur les orphelins du régime de tutelle. En interdisant l'éviction de l'homme lige de Damas, en refusant l'élection d'un nouveau Président à la majorité absolue et en se laissant manipuler par le pantin Kouchner, il avait permis au camp qu'il cherche à combattre aujourd'hui de resserrer ses rangs, de préparer la contre-offensive et de remporter des victoires décisives.

Ses tergiversations étaient d'autant plus incompréhensibles que les évêques maronites, sous sa houlette, n'avaient jamais manqué de clarté ni de détermination chaque fois qu'il s'était agi de définir le "bon choix" pour leurs ouailles et pour les Libanais en général. Aujourd'hui, il prend enfin la mesure du danger. La bataille qui se profile à l'horizon est d'autant plus cruciale qu'elle se déroule essentiellement en "pays" chrétien. Aussi, pour le chantre ès qualités du souverainisme libanais, renoncer aujourd'hui et au moment des choix fondamentaux à assumer son rôle aurait été tout simplement impardonnable, sinon criminel. Il se réveille un peu tardivement peut-être, mais mieux vaut tard que jamais.

Ses pourfendeurs le croyaient à jamais terrassé. Ils voient aujourd'hui surgir face à eux un Prélat de combat qui, à 89 ans, n'hésite pas à croiser le fer. Le Général Iznogoud qui n'a pas eu honte de se faire proclamer sauveur des Chrétiens et qui s'était laissé griser par le bruit de ses propres criailleries, sait désormais de quel bois se chauffent les vrais Patriarches.

Un autre Général, devenu Président faute de mieux, doit aussi se sentir interpellé. Ses simagrées "consensuelles" et ses sursauts de fierté qui ne durent que le temps d'une couverture télévisuelle commencent sérieusement à lasser. Tout le monde se met en quatre pour lui offrir un "bloc centriste" taillé sur mesure et lui se sent permis de faire du chichi. Un jour, je veux, un autre, je ne veux pas. Il faut bien qu'il se décide un jour, nom d'une pipe !

Pour clouer le bec à ceux qui lui contesteraient le droit d'intervenir dans une bataille aussi cruciale, le vaillant Cardinal s'est contenté d'une phrase toute tautologique: "Bkerké a le devoir de dire ce qu'il faut dire". Chauffe, Mar Nasrallah, chauffe !

* Chauffe Marcel ! (Vas-y, donne-toi à fond !). C'est le cri qu'a poussé un jour Jacques Brel lors d'un enregistrement en studio pour encourager Marcel Azzola à improviser, à faire "de la dentelle" sur son accordéon.

Wednesday, January 28, 2009












Karbala pour tous et pas de quartier !

Tiens, voilà encore autre chose. Lassé par le "partage de travail", qui laissait aux seuls Libanais du sud (Chiites, pour parler proprement) le soin de défendre le territoire et de subir, seuls, le hachoir israélien, le parti khomeyniste veut maintenant enrôler tous les Libanais dans son projet. Ses principaux apparatchiks se sont donné le mot et se sont répandus dans les hameaux et les villages pour sonner l'hallali. "Après Gaza, le modèle de la résistance doit être généralisé à tous les Libanais", ont-ils répété à l'unisson. Sonnez trompettes, battez tambours, organisons la farandole, un avenir radieux s'ouvre devant nous et pour l'éternité.

Un quart de siècle après sa création, le parti khomeyniste libanais a réussi au terme d'une épopée pleine de sang et de fureur à changer radicalement les termes de l'équation libanaise. Les Libanais, qui avaient suivi de près son développement et sa montée en puissance, ont tantôt réagi avec une indifférence teintée de mépris, tantôt avec un étonnement gêné, mais jamais avec une perception réelle du danger. Aujourd'hui, ils constatent avec un effarement farouche que le monstre tentaculaire s'est définitivement installé parmi eux et qu'il est en train de façonner durablement l'avenir de leur pays.

L'indifférence était essentiellement due au "cloisonnement" des communautés libanaises et à la "spécialité" (Cf. Ahmad Beydoun) dont les principales d'entre-elles s'étaient arrogé le monopole. À partir du moment que l'organisation chiite s'était exclusivement attelée à la tâche de libérer les territoires occupés par Israël, les autres communautés ne s'étaient nullement senties concernées. Après tout, le sud du pays est majoritairement chiite, le parti khomeyniste aussi, alors pourquoi diable auraient-elles du se mêler d'une "affaire" qui ne concernait que les Chiites ? Cette logique est implacable ! Elle est celle du système libanais.

De la même manière, les Chrétiens pouvaient tout à loisir se consacrer à leur propre spécialité (la souveraineté) et les Sunnites à la leur (la construction), les Chiites n'avaient rien à y redire ! Ce "partage du travail" semblait convenir à tout le monde dès lors qu'il était convenu que personne n'empiétait sur les prérogatives des autres. La galère libanaise pouvait voguer tranquillement, les galériens libanais peiner à leur guise et tout le monde était content !

Sauf que le parti chiite ne l'entend plus de cette oreille. Ayant réussi à dérégler le fonctionnement démocratique et obtenu que rien ne soit décidé sans son assentiment, il se sent désormais à l'étroit dans sa "spécialité" et veut généraliser son projet sacrificiel à tous les Libanais. Par un travestissement pathologique de la réalité, il se sert aujourd'hui du carnage de Gaza pour justifier le bien-fondé de sa stratégie.

Après ce qui s'est passé à Gaza, "il n’y aura plus, dans le cadre du dialogue, de débat sur le retrait des armes, mais plutôt sur la généralisation du modèle de la résistance à tous les Libanais", proclame le héraut du malheur, Nabil Kaouk. Telle est la nouvelle "équation" édictée par le parti chiite. Elle pose un jalon, mais se projette aussi vers une échéance toute proche, celle des élections législatives. Sur cet enjeu, le même Kaouk ainsi que tous les corbeaux du parti ne laissent planer aucun mystère. "Les prochaines élections législatives seront une étape de plus pour protéger la position, le rôle et l’identité du Liban résistant", coassent-ils.

Les contours de l'État "fort et juste", dont les Libanais sont abreuvés à répétition, commencent ainsi à se dessiner sous leurs yeux. Ils savent désormais ce qui les attend. D'ersatz de citoyens qu'ils sont aujourd'hui, ils deviendront des martyrs en puissance, des candidats au sacrifice sur l'autel du projet panislamique iranien. Karbala pour tous et pas de quartier !