Thursday, May 30, 2013
























Les fougueuses saillies de 8 blogueurs libanais

Ils sont huit: Hanin el-Siddiq, Ali Fakhri, Salim el-Lawzi, Imad Bazzi, Zeinab Abdel Sater, Omar Kaboul, Fakher Salameh et Mahmoud Ghzayyel. Huit jeunes blogueurs conjuguent leurs efforts pour tirer à boulets rouges sur la classe politique libanaise et tourner en ridicule ses inénarrables représentants. Après avoir créé le buzz sur les réseaux sociaux autour d'une simple et mystérieuse question (Que va-t-il se passer à Beyrouth à 16h ?), ils lancent à l'heure dite leur initiative et décident de se présenter sur une même liste virtuelle baptisée "Je suis à vendre" !

Sur leur site qui vient de naître (intekhabet.com), les joyeux drilles invitent les Libanais à découvrir leur programme électoral (huit manifestes absolument hilarants) et lancent un message aux responsables politiques: "A partir de maintenant, nous ne vous laisserons plus dormir. Vous avez tourné les législatives en dérision ? Nous sommes les rois de la dérision" !

Un site à découvrir sans tarder pour l'intelligence, la drôlerie et le sarcasme qui fait mouche.

Saturday, May 18, 2013

















Plus consensuel que moi tu meurs

Même si c'était lent, laborieux et barbant, ce qui compte à la fin c'est bien le résultat. Le projet de loi orthodoxe est mort et enterré, grâce à un deus ex machina inespéré savamment concocté par le jocrisse éploré (Saad), la chiffe molle (Walid) et le Hakim qui n'a de docteur que le sobriquet (Samir). Tant mieux et bon débarras ! Las, le projet dit de loi électorale mixte préparé à la va-vite par les fossoyeurs susnommés n'a vécu que ce que vivent les roses, enterré à son tour par l'inexpugnable Nabih, passé maître dans l'art de manger à tous les râteliers.

Nonobstant, Iznogoud (Michel) ne veut pas en démordre et continue à s'époumoner contre le traître qui l'a laissé sur le bord de la route compter pour la nième fois ses veaux, vaches et cochons. Et le piège s'est refermé sur les apprentis sorciers qui n'hésitent pas à claironner jusqu'à l'aphonie leur amour éperdu d'un Liban de lait et de miel, mais passent leur temps à s'étriper pour pouvoir élargir leur pré carré.

Plus que quelques heures pour trouver un accord de dernière minute, sinon c'est le retour à la case départ, c'est-à-dire à la loi de 1960, contre laquelle toute la ménagerie politique pestait dès la première heure. À défaut d’un tel accord, la loi maudite sera de nouveau en vigueur à partir du 19 mai, car c’est ce jour-là que vient à expiration l’échéance de la suspension du dépôt des candidatures. Reste bien entendu la prorogation du mandat de la Chambre dont personne ne veut, mais que tous appellent de leurs vœux sans oser la demander ouvertement.

A moins, à moins que faisant à nouveau leurs calculs, ils ne finissent tous par redécouvrir les charmes consensuels de la loi de 1960 qu'ils ont tant vilipendée, mais qui leur permet quand bien même de retrouver le status quo ante. 

Grand Guignol n'est pas mort.

A suivre…

Sunday, March 3, 2013














Juste un frémissement...

Il aura fallu 23 mois de conflit, 70 000 morts et plus d'un million de réfugiés pour que les Etats-Unis daignent enfin infléchir leur politique attentiste. Fallait-il ou non armer les rebelles syriens ? Telle était la question qui obnubilait Barack Obama. Lui, dont le seul souci était de se dégager au plus vite de l'Irak et de l'Afghanistan afin de mieux s'occuper du front intérieur, a fini par se rendre à l'évidence: Une grande puissance ne peut renoncer à jouer son rôle et que ce soit pour le meilleur ou pour le pire, il est du devoir des Américains de peser de leur poids pour faire pencher la balance.

Car au-delà des litanies anti-impérialistes qui constituent l'essentiel du gagne-pain de quelques scribouillards du dimanche, c'est bien l'engagement des Etats-Unis auprès des rebelles syriens qui permettra de faire basculer l'équilibre des forces. Et bien que ridiculement maigre, l'aide américaine (60 millions de dollars) annoncée à Rome par le nouveau Secrétaire d'Etat américain, John Kerry, n'en constitue pas moins un tournant dans ce conflit à tête d'hydre.

Face à un tyran autiste, soutenu par un Iran fournissant un approvisionnement inépuisable en armes et en matériel, et une Russie jouant à la tenancière de la maison close Assad & Co, il était inévitable que la Maison Blanche soit tôt ou tard amenée à renoncer à son attentisme et à son espoir fallacieux de voir un jour surgir une opposition syrienne exemplaire remplissant tous les critères qui en feraient un partenaire irréprochable. L'opposition syrienne est ce qu'elle est et la peur que l'aide fournie finisse entre les mains des nébuleuses jihadistes n'est plus de mise.

Toute justifiée qu'elle puisse être, cette peur semble parfaitement ridicule en regard des enjeux stratégiques. C'est l'avenir du Proche-Orient qui est en jeu et non plus le sort d'un régime sanguinaire voué à disparaître. L'alternative est simple: soit une région dominée par l'Iran théocratique qui a déjà engrangé l'Irak et partiellement le Liban et qui est prêt à se battre pour la Syrie comme s'il s'agissait d'une province iranienne, ou bien une région qui essaie de s'affranchir des ses archaïsmes et qui continuera cahin-caha à voir bourgeonner ses printemps quand bien même ils seraient confisqués pour un temps par les fréristes. C'est là que réside le véritable enjeu et les Etats-Unis ne peuvent en aucun cas se soustraire à leur devoir. Leur rôle est tout simplement vital.

Pour le moment, il n'est pas question de fournir des armes aux rebelles. L'aide officiellement annoncée est "non létale", mais on imagine mal que les armes d'origine croate puissent affluer via l'Arabie Saoudite sans le consentement des Etats-Unis. Avec cette inflexion de la politique américaine, les Français et les Britanniques ne tarderont pas à emboîter le pas. L'attente a été beaucoup trop longue, mais le frémissement est prometteur.

Tuesday, January 15, 2013




















Le miroir aux alouettes orthodoxe

Face à une démographie en déclin, un exode constant et une peur réelle ou supposée d'être engloutis dans affrontement généralisé entre sunnites et chiites, les chrétiens libanais semblent vivre leur désarroi comme une spirale sans fin. La perte progressive de leur rôle historique et leurs tentatives désespérées de rétablir vaille que vaille les prérogatives d'antan ne font qu'accentuer la confusion et rajouter à l'incertitude. Il n'est pas étonnant dès lors de les voir s'accrocher comme à une ultime planche de salut à la dernière imposture qui se fait jour au gré des calculs mesquins d'un populiste véreux.

La dernière de ces impostures est le projet de loi électorale dit orthodoxe qui voudrait que les électeurs de chaque communauté soient appelés à voter exclusivement pour les candidats membres de leurs communautés respectives, dans le cadre d'une circonscription unique et d'un mode de scrutin proportionnel. Ce projet avancé à l'origine par Elie Ferzli, suppôt notoire du régime syrien, avait comme seul but d'empêcher la victoire de l'opposition aux prochaines élections législatives. Mais de fil en aiguille, le projet a envahi les esprits au point de bousculer toutes les digues politiques érigées entre formations chrétiennes, subitement saisies de la même frénésie à vouloir imposer la parité totale avec les musulmans tout en sachant pertinemment que cette égalité parfaite détruirait les fondements mêmes sur lesquels le Liban a été bâti.

Ce qui avait commencé comme une manœuvre politique par Michel Aoun et par Samir Geagea pour prouver, chacun de son côté, être le meilleur défenseur des intérêts chrétiens s'est transformé en un immense piège qui s'est refermé sur les deux apprentis sorciers et dans lequel se sont précipitées à la queue leu leu toutes les formations chrétiennes qu'elles appartiennent au 8 ou au 14 mars. Quoi de plus séduisant en effet que de faire croire à leurs électeurs qu'ils pourraient enfin disposer de leur sort en élisant leurs propres députés sans l'apport d'aucun vote musulman ?

Aujourd'hui, aucune de ces formations ne peut plus reculer de peur d'être taxée par son électorat de brader les intérêts de la communauté toute entière. Et plutôt que de renoncer à leur projet, elles préféreraient sans doute qu'il soit rejeté par les musulmans dont elles veulent s'aliéner le vote. L'honneur sera sauf, et personne ne viendra les accuser de ne pas avoir tout tenté pour restaurer leur autonomie perdue. CQFD.

Ce miroir aux alouettes n'est que l'ultime variation d'une vieille antienne qui chantait naguère les charmes du fédéralisme ou pire encore ceux de l'enclavement dans un réduit chrétien quasiment sans ressources. Le leurre est grand, mais le désir d'y succomber demeure irrésistible.

Dum vitant stulti vitia in contraria currunt !

Wednesday, November 28, 2012













Quis, Quid, Ubi, Cur, Quomodo ?

Antoine Zahra, keffieh au cou, chez Ismail Haniyeh ! Il faut se pincer pour y croire. Mais les temps ont changé, n'est-ce pas ? Les Forces Libanaises ont tourné la page depuis longtemps et préfèrent enfouir "dans la nuit froide de l'oubli" le souvenir d'un massacre perpétré, il y a trente ans.

Un massacre qui est entré dans l'histoire: celui des civils palestiniens des camps de Sabra et Chatila, à Beyrouth. Au total, entre 800 et 2000 personnes seront exécutées ou vont disparaître. Des femmes sont violées, des enfants et des vieillards abattus, des hommes emportés vers des destinations inconnues. Le 16 septembre 1982, ce massacre est mené par des phalangistes et des miliciens des Forces libanaises, sous l'œil bienveillant de l'armée israélienne.

Membre de la délégation du 14 mars qui vient de se rendre à Gaza, Antoine Zahra affirme aujourd'hui sa solidarité avec le peuple palestinien. "C’est leur droit le plus légitime de vivre en toute dignité", a-t-il dit. Et sans sourciller, s'il vous plaît !

Wednesday, November 7, 2012















The best is yet to come

Non seulement ses orientations stratégiques sont bonnes, mais il représente tout ce que Mitt Romney n'est pas, un tempérament politique de premier ordre et un sens profond de l'équité et de l'intégrité. La réélection de Barack Obama permettra de renforcer l'idéal de la bonne gouvernance et une vision sociale qui tempère l'individualisme par une préoccupation réelle pour la communauté.

Chaque élection présidentielle implique un concours sur l'idée de l'Amérique. L'Amérique d'Obama, celle qui progresse, même en hésitant, vers la justice sociale, la tolérance, l'égalité, représente l'avenir que les Américains méritent. Sa réélection est la meilleure chose qui pouvait arriver aux Etats-Unis et au reste du monde.

Tuesday, September 18, 2012
















Hassan ibn Nasrallah Al-Hanbali

Quand le malheur ne serait bon
Qu’à mettre un sot à la raison,
Toujours serait-ce à juste cause
Qu’on le dit bon à quelque chose.

Jean de La Fontaine, Le Mulet se vantant de sa généalogie

Depuis qu'il a proclamé son soutien au boucher de Damas, sa popularité de résistant irréductible a fondu comme neige au soleil. Pour les fréristes, salafistes et autres atrophiés du bulbe qui l'avaient porté aux nues lors de sa "victoire divine", il est subitement devenu l'ennemi à abattre. Même les dignitaires religieux chiites qui avaient coutume de l'encenser se sont mis à le critiquer ouvertement. Hassan Nasrallah est dans la fange et l'œil le regarde.

Seul un événement extraordinaire pouvait lui permettre de redorer son blason et regagner une aura depuis longtemps évaporée. Hassan Nasrallah en avait rêvé, Nakoula Basseley Nakoula (alias Sam Bacile) l'a fait. Un copte égyptien naturalisé américain a eu la misérable idée de s'attaquer au prophète de l'islam. Un deus ex machina qui allait offrir au cloîtré chiite l'occasion de se proclamer plus sunnite que les sunnites et de surenchérir sur les pires des salafistes. Plus sunnite que Hassan Nasrallah, tu meurs. Allons donc !

La ficelle est trop grosse et personne n'est dupe. Oublier Ali, Hassan, Hussein et déclarer subitement son amour éperdu pour Muhammad est une manœuvre de diversion aussi grossière que criminelle. Elle sert à occulter une politique de soutien actif à un tyran qui mène une campagne d'extermination quasi industrielle contre son peuple.

"Le monde entier doit comprendre que l’offense à notre Prophète aura des conséquences très graves", a dit le cloîtré échappé pour une fois de sa cave. Tu parles ! Un bout de film minable est bien plus grave aux yeux de Hassan Nasrallah que les dizaines de milliers de morts syriens. Dies ist die Welt auf den Kopf ! Oui, c'est bien le monde à l'envers, car kidnapper Muhammad pour couvrir Bachar relève d'un calcul aussi mesquin que dérisoire.

Wednesday, August 15, 2012
















Les rats libanais et le navire syrien

Les rats libanais sont devant à un terrible dilemme. Soient ils s'entêtent à attendre une fin hypothétique de la tempête, ou bien ils quittent le navire avant qu'il ne soit trop tard. La logique voudrait qu'ils le fassent maintenant plutôt que d'attendre le sauve-qui-peut général. Le navire syrien tangue et finira bien par sombrer. Ils n'ont qu'à observer Joumblatt et le mal de chien qu'il se donne pour effectuer son énième virage. Ses fluctuations distillées au millimètre relèvent du grand art. Pour essayer d'atterrir en douceur, ils seraient bien inspirés de suivre son exemple. Facile à dire, mais pas facile à faire.

La chute de Michel Samaha est un coup de massue dont les affidés de Bachar ne se remettront jamais. Quoiqu'ils fassent, quoiqu'ils disent, ils se retrouvent désormais pieds et poings liés par la fatalité qui s'abat sur la dictature entrée en agonie. Car l'évidence est là, difficile à nier. L'avalanche de preuves et les aveux précipités et contrits du coupable rendent toute dénégation ultérieure sans objet et toute voie de sortie impossible. Le pire est que cette arrestation risque de faire s'écrouler tout l'édifice sécuritaire patiemment construit au fil des ans et beaucoup plus rapidement que ne pourrait le faire le Tribunal Spécial pour le Liban. Qui aurait pu imaginer un seul instant que le justice libanaise puisse un jour mettre en examen Ali Mamlouk, le puissant général qui chapeaute l'ensemble de l'appareil sécuritaire syrien. Après le coup de massue, c'est le cataclysme.

Jusqu'à quand pourront-ils encore tenir dans ce déni de la réalité ? Jusqu'à quand Hassan Nasrallah s'obstinera-il à défendre l'indéfendable ? Lorsqu'un défenseur des opprimés consent à devenir le principal défenseur des bourreaux, il n'y a plus rien à en espérer.

"L'on m'a dit aussi que vous vous fardiez. Fort bien ! Dieu vous a donné un visage, et vous vous en fabriquez un autre." William Shakespeare (Hamlet)

Saturday, August 11, 2012
















Revoyez votre copie Messieurs les cheikhs

Les dignitaires chiites qui s'aventurent en dehors des sentiers labourés et bétonnés par le Hezbollah ne sont pas légion. La dimension religieuse du Hezbollah, sa force militaire qui séduit et fait peur, ses moyens financiers ont toujours eu pour effet de maintenir la communauté chiite sous sa coupe. Aussi lorsque des voix dissidentes se lèvent, elles méritent toute notre considération. Mais considération ne veut pas dire approbation aveugle.

Hani Fahs et Mohammad Hassan Al-Amine, qui sont bien connus pour leur liberté d'esprit, viennent de prendre la plume pour cosigner une profession de foi (lire ici) qui proclame leur soutien total et sans ambages à la lutte du peuple syrien. Ils le font "en harmonie avec l'héritage chiite, fondé selon eux, sur la lutte contre les despotes et la défense des opprimés, où qu’ils soient". Tout cela est bien beau et on ne peut que saluer leur courage. Et pourtant, à lire leur texte, on a l'impression qu'ils tiennent surtout à fanfaronner et à se faire plaisir.

"Notre parcours et nos méthodes sont connus de tous. La modération, le centrisme et l’entente sont pour nous des choix définitifs. Nous voulons préserver notre rôle intellectuel éclairant que seules les personnes arrogantes et démagogues renient", écrivent les deux braves contestataires. Oublions vite l'autosatisfaction pour pointer ce qui cloche dans cette profession de foi qui regorge de bonnes intentions.

En lisant leur texte on est toute de suite frappé par une omission majeure. Pas un traître mot sur la position criminelle de Hassan Nasrallah et ses soutiens répétés au bourreau syrien, comme si le barbu cloîtré était un fantôme errant dans l'imaginaire chiite sans aucune prise sur la réalité. Dénoncer le bourreau syrien sans dénoncer dans la foulée le bourreau par procuration qu'est devenu le Hezbollah relève tout simplement de l'escroquerie intellectuelle.

Messieurs les cheikhs, il n'y a strictement aucune fierté à retirer d'un soutien aussi sincère soit-il à la lutte du peuple syrien, c'est le devoir de tout homme soucieux de justice. Le courage, tout le courage, c'est de balayer d'abord devant sa porte et de s'attaquer au mal qui ronge l'héritage chiite dont vous vous gargarisez et qui est bafoué à chaque instant par la milice dont vous feignez d'ignorer l'existence.

Un dernier conseil: Revoyez votre copie, elle mérite à peine la mention passable.

Friday, August 10, 2012


















La fin des haricots

Ce qu'il peut être culotté, cet Achraf Rifi. Mais pour qui se prend-il pour aller ainsi sans crier gare perturber le sommeil de l'un des plus vaillants héros de la Mumana'a ! Décidément, il a perdu tout sens de la mesure. Va encore pour les petites frappes et les voleurs de voitures, mais oser arrêter au lever du jour le chien fidèle de Bachar El-Assad et l'ami dévoué de Hassan la menace, c'est proprement intolérable. Mais que voulez-vous ? Tout se délite dans ce foutu pays où l'on ne respecte plus rien ni personne. Même les criminels ont perdu les égards qu'on leur doit et sont traités aujourd'hui comme des raclures.

C'est vraiment la fin des haricots !

Thursday, August 9, 2012























La lettre alaouite à Léon Blum

L'Etat Alaouite, on ne parle plus que de ça ! S'agirait-il à nouveau d'une "remontée de l'histoire", dont parlait Dominique Chevallier en 1976 lors d'une conférence sur les origines de la guerre civile libanaise ?

Quoiqu'il en soit, ce ne serait pas une création ex nihilo. Rappelons, en effet, que pendant le mandat français en Syrie et au Liban (1920-1946), le général Gouraud, haut-commissaire de la république française, morcela la Syrie en plusieurs États autonomes dont un Etat Alaouite sans cesse redéfini jusqu'à sa réintégration définitive en 1936. C'est ainsi que furent créés successivement:

•    Le Territoire des Alaouites (1922-1924)
•    L'Etat des Alaouites (1924-1930)
•    Le Gouvernement de Lattaquié (1930-1936)

L'enthousiasme de la communauté alaouite ne tarda pas à se transformer en cauchemar lorsque la France décida, en 1936, de rattacher l’Etat alaouite au reste de la Syrie. Six notables alaouites envoyèrent une lettre* à Léon Blum, affirmant que leur communauté "refusait d'être annexée à la Syrie musulmane parce qu'en Syrie la religion officielle de l'État est l'islam, et selon l'islam les Alaouites sont considérés comme des infidèles."

S'appuyant sur les sympathies sionistes présumées de Léon Blum, les auteurs de la lettre font valoir que la persécution des Juifs en Syrie et en Palestine serait le sort réservé à toutes les minorités religieuses, si la population à majorité musulmane était autorisée à gouverner. Voici ce qu'ils écrivent:

"L'esprit de haine et de fanatisme intégré dans le cœur des Arabes musulmans contre tout ce qui est non-musulman a été perpétuellement nourri par la religion musulmane. Il n'y a aucun espoir que la situation puisse un jour changer. Par conséquent, l'abolition du mandat fera exposer les minorités en Syrie aux dangers de mort et d'anéantissement, indépendamment du fait que cette abolition contribuera à anéantir la liberté de pensée et de croyance ....
On sent aujourd'hui comment les citoyens musulmans de Damas forcent les juifs qui vivent parmi eux à signer un document promettant de ne pas accorder leur soutien à leurs infortunés frères de Palestine. La condition des Juifs en Palestine constitue la preuve la plus forte et la plus explicite de l'hostilité islamique vis-à-vis de ceux qui n'appartiennent pas à l'islam. Ces bons juifs ont apporté aux Arabes la civilisation et la paix et établi la prospérité en Palestine sans nuire à personne et sans prendre quoi que ce soit par la force, alors que les musulmans ont déclaré la guerre sainte contre eux et n'ont jamais hésité à massacrer leurs femmes et les enfants."

La coalition des minorités n'est pas une chimère et les calculs d'un Michel Aoun ne reposaient pas que sur du vent. Plus on est de fous, plus on rit !

* Lettre révélée dans le livre de Brooke Allen: The Other Side of the Mirror: An American Travels Through Syria, dont on peut lire ici le compte-rendu par The New York Review of Books.